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dimanche 30 octobre 2011

écran plat

O Seigneur, par pitié, accorde-moi la joie
d'accéder aux sirènes du bonheur, à l'ivresse
de la possession, au plaisir de la paresse, à l'octroi
du luxe sous toutes ses formes, y compris celles de la finesse

de la plus belle et désirable chose qui soit :

la beauté d'un écran plat.

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Méga-beauté d'une époque où tout se voit, où tout s'achète, où tout se monnaye, où tout se vit par procuration sur un bel écran plat.

19/9èmes, sorties optiques plaquées or de haute qualité. Son et images "HD Ready", technologie "crystalizer", LEDS à longue durée de vie, rétroéclairage, VGA DVI HDMI/TFT dalle IPS 28" wide, temps de réponse 5ms, résolution 1920x1080, contraste évolué de 5 000 000:1, Tuner TNT/MPEG4 intégré, luminosité 250cd/m², USB (photo et audio), D-Sub, composite, Péritel, Full Scart ,prise casque (arrière), entrée PC, et bien sûr hauts-parleurs intégrés 2x10 watts en façade.

Mais livré sans pied, hein.

Passque faut pas déconner non plus : vous savez combien ça coûte, en bridés/horaires, à fabriquer cette saloperie? Vous n'avez vraiment pas idée... Sans parler de tous les métaux lourds qu'il faut extraire de cette chère mère-nature et placer là, le temps de fabriquer le bouzin, bien sûr. Cadmium, zinc, silicium, arsenic, plomb, bromure, mais aussi le merdier autour, l'emballage : plastique, donc pétrole, plus carbone, plus papier, plus gaz rares, genre chromure de merdium en phase gazeuse avancée à haut pouvoir de réflection électroluminescent. (non en fait c'est plus de phosphore dont il est question, je crois).

rien de tel pour la paix de l'Etre
Tout ceci pour arriver à cet objet ultime, ce symbole de ce que le capitalisme, la société de consommation et la Banque Carrefour-Crédit-Pass en 10 fois sans frais nous permettent d'acquérir, nous offrent de plus évolué, de plus jouissif, de plus bandant, de plus smart, de plus nec-plus-ultra-du-je-le-veux-mais-putain-c'est-quand-même-pas-donné-1500-euro-va-falloir-en-bouffer-des-pâtes-pour-se-le-payer-ce-bordel.

Un peu comme un iphone, mais en plus gros, en plus grand, en plus cher, aussi. Merci au Steve Jobs de l'écran plat, je sais pas qui c'est, mais il est au moins l'égal, à mes yeux, de Gandhi, ou d'Adolf Hitler, à sa façon : il a participé à établir la paix dans le monde, pour des décennies et des décennies. Une espèce de prise de conscience globale, que nous sommes de plus en plus inconscients, hypnotisés, devant notre bel objet qui luit, le soir, comme les étoiles au dessus de nos têtes, comme ce vide de l’espace entre elles, et à l’intérieur de nos têtes du coup, aussi. Étrange miroir cosmico-consumériste que celui-ci, non? Vous trouvez pas?  Nan, jsuis sérieux, je déconne pas : c'est prouvé, y a des étoiles dans l'espace, et du vide entre elles. Beaucoup, beaucoup de vide. Allez savoir comment ça tient, tout ce merdier?

Quoiqu'il en soit mon bel écran plat est un Don, un Cadeau fait à l'Humanité toute entière, peut être même qu'il vient du cosmos, ce Cadeau, allez savoir, des petits-gris, genre ceux qui se sont posés à Roswell, ils nous ont donnés cette technologie, peut être contraints-légèrement- par ces braves Ricains en pleine Guerre Froide, un ptit bout de bidoche enlevé par ici, un ptit coup de menaces par là, imaginez la scène :

je viens en paix, moi aussi
-"Mais tu vas la cracher, ta putain de technologie militaire espèce de pourriture extra-terrestre? Allez, magne-toi, j'ai pas que ça à foutre, j'ai une guerre à mener, et des Soviets à niquer! Vazy accouche-le, ton rayon de la mort!" Le soldat-béret vert expert ès tortures en tout genre s'acharne depuis des heures sur la pauvre petite chose recroquevillée sur la table en formica. Nous sommes au cœur de la Zone 51, area Top-secret, Men in Black allowed only. Des gardes avec des M16 partout, miradors, clôtures électrifiées et bergers allemands avec patrouilles en rangers toutes les cinq minutes. Pas moyen de s'échapper, le petit-gris est dans de mauvais draps, c'est sûr. Ça fait des jours et des jours que ce GI le torture, lui faisant subir les pires supplices (Céline Dion à donf, discours de Sarkozy, lectures à haute et intelligible voix du quatre-vingt-dix-huitième tome des mémoires de Jean d'Ormesson,etc.etc.)

Et ce con d'alien de balancer le premier truc qui lui passe par la tronche, car c'est décidé il n'en peut plus, autant lâcher l'affaire tout de suite, là il sort tout ce qu'il a de plus précieux, ZE secret ULTIME, genre la technologie des LEDS qui sert à fabriquer des écrans  plats. "Nous venons en paix", qu'il dit, tout en griffonnant, d'une main fébrile, des consignes sur le calepin que la grosse brute aux mains ensanglantées lui tend, impatient. Il trace des figures géométriques abstraites avec ses trois doigts-spatules, genre "pitié-ne-tirez-pas-tout-de-suite-dans-la-tête-honorable-militaire", "je vais vous donner ce que vous désirez : le moyen d'enculer tous ces bolchéviques à sec, et sans vaseline!"

programmes électoraux (faut voter)
Il contribue, sans le savoir, en  révélant ce secret, à l'ouverture d'une ère de jouissance nouvelle, un but à atteindre, l'objet ultime à acquérir, pour qu'enfin nous nous accomplissions, ma mie, et que nous atteignions ce Graal qu'est la contemplation de Secret Story, ou de La Ferme Célébrités, ou Koh-Lanta, sur écran plat. Ou ce JT de Jean-pierre Pernaut, un verre de Ricard à la main, que je me délecterai de regarder, de digérer, parlant de "la France de nos régions", si belles, si chères à mon cœur, ce cœur d'électeur moyen fatigué par une dure journée de labeur, affalé sur mon canapé-trois pièces en simili-cuir Ikéa je suis si bien, vite passe-moi la télécommande, kessya ce soir dans le poste, tiens le JT? Cinq minutes pas plus hein, après je déprime, mais quand même en période de crise il faut savoir s'informer, en période préélectorale encore plus, mais merde quand est-ce que ces putains de moutards vont arrêter de brailler que je puisse écouter, t'as qu'à les mettre devant un dessin animé ou la XBox, jsais pas moi, et au fait, pourquoi t'as pas pris des chips au supermarché, connasse! File dans ta cuisine, avant que je lave le sol avec ta tronche!

Mais je m'égare, on en est pas encore là, qu'advient-il de notre ami alien bienfaiteur de l'Humanité? Il vient de lâcher le morceau quand même, c'est pas rien! S'est-il reconverti en entrepreneur à la Steve Jobs, ou quoi? LA suite :

Le béret vert hoche la tête, grommelle quelques borborygmes d'approbation, tout en suivant du coin de l’œil la progression des équations sur le calepin... Au bout de trois minutes, le transfert de technologie s'effectue : le schéma d'une arme redoutable semble s'esquisser, cette petite chiure de mouche intergalactique et pantelante en aura mis du temps quand même! Mais elle a fini par dessiner  une sorte de gros rectangle lumineux; on distingue des rayons qui sortent de sa surface, et se projettent loin devant, en un cône luminescent. Il semble se dégager une immense énergie du truc, et les équations en dessous le prouvent, le scientifique qui vient d'arracher le papelard à la grosse brute rajuste ses lunettes en écaille d'un geste fébrile, ils tiennent là un truc qui va tout péter, c'est sûr, jvous raconte pas la gueule de ces putes de Soviétiques quand il vont savoir ça!

ils entrevirent immédiatement les possibilités du truc
Des années qu'il attendait ça, enfin! Il va au tableau noir d'une démarche appuyée, appelle ses collègues chenus et barbichus restés dans la salle à côté, "mais bon sang c'est bien sûr j'le savais!" fait-il en se tapant le front d'un geste dégoûté, "j'aurais dû m'en douter avec un peu plus de temps cette salope d'alien ne m'aurait rien appris que je ne sache déjà, m'enfin voyons, enfin quoi, hein, ho bon non mais..." alors là je disais, il tend le papelard à ses autres collègues scientifiques en blouse blanche, ceux-ci aussi se tapent le front d'un air éberlué, "mais bon sang mais c'est bien sûr nous nous en étions doutés, mais quelle salope ce petit-gris de nous avoir caché ça, hein, non mais franchement, hein, ho, bon mais..." font-ils tous en cœur. Ils tiennent là une avancée technologique majeure, y a pas de doute.

E.T. é-cran plat mai-son, E.T., é-cran-plat mai-son, E.T.,...
Et ils foutent le camp discuter des possibilités de cette nouvelle technologie devant la machine à café, laissant le soin à la grosse brute au béret vert et aux idées courtes de coller une balle dans la tronche de cette pourriture de l'espace. Ce qu'il fait dans la minute qui suit. L'alien aura beau le regarder avec des yeux mi-implorants mi-larmoyants, lui balancer des messages télépathiques pacifiques à tire-larigot, lui faire le signe V de la victoire genre "peace and love" avec ses deux doigts-spatules restants (le troisième étant resté sur la table en formica, entre les mâchoires de la pince Monseigneur de ce cher béret vert), rien n'y fera.

-"Nous venons en pa**-"BANG!

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enjoy a new way of life & death
Et voilà la vraie histoire de la genèse de cet objet de toutes les envies, de ce symbole vivant du matérialisme le plus béat qui soit, mais cette histoire-là, c'est pas dans les livres "officiels" qu'on vous la racontera, mettez-vous bien ça dans le crâne. Alors oouuuiiiii, c'est sûuûr, je vous raconte pas la gueule des scientifiques quand ils se sont aperçus que "l'arme" en question n'en était pas une, du moins pas au sens où ils l'auraient voulu... mais pas grave, ils se sont bien démerdés quand même, et ont su la faire tomber dans le domaine public, cette technologie redoutable. Ca a bien pris quelques années, mais ça a finalement fini par niquer ces salopes de russcofs pour de bon. Selon l'enchaînement de circonstances désormais bien connu : diffusion du capitalisme et de son mode de vie enviable via les ondes TéVé=>envie du peuple tombé en esclavage sous le joug des rouges=>révolte à la porte de Brandebourg=>désintégration de l'URSS=>récupération par l'économie capitaliste=>vente d'écrans plats en constante augmentation=>lavage de cerveaux à grande échelle=>apparition d'indignés sur Facebook.

Voilà comment ça s'est vraiment passé. Je le jure, j'ai des sources.  Ça c'est du off, mais c'est du lourd, du vécu mon gars, du truc qui en a de la saveur, pas de la manip' de bas étage mais du réel, du concret, du sérieux, un vrai taf d'historien, avec peu (oh vraiment très peu) d'ajouts de circonstance, ça me fait penser à un plaisir simple en fait, un peu comme un Havane qu'on sait interdit, en période de blocus Cubain, entre les mains pleines de bagouzes du mafiosi local, costard rayé trois-pièces impeccables et cheveux gominés plaqués en arrière, il en aspire de longues goulées avec ce sourire béat sur la tronche, à chaque fois ça découvre sa dentition en or massif, putain ce que c'est beau, là il se renverse en arrière sur son fauteuil en cuir avec dans les yeux ce "c'est moi le Boss", vous comprenez? Non? Pas grave : en fait je voulais juste dire qu'on ne peut qu'apprécier, en sachant que ce sera peut-être la dernière chose qu'on savourera sur cette terre.

J'ai à peine romancé le truc, histoire de le rendre plus agréable à lire, mais ne vous méprenez pas : la réalité est beaucoup plus triviale. Un drame est survenu dans ma vie, cet été : ma vieille TéVé à tube cathodique est tombée brusquement en panne, un beau jour de juin, et là, la question s'est posée, tout naturellement. Devais-je m'acheter un bel écran plat tout neuf, ou aller aux putes?

J'arrête là le suspense insoutenable : je suis allé acheter le dernier livre de BHL. C'est moins exigeant, intellectuellement parlant.

il a pas eu le temps de me faire un autographe : j'en ai mis partout
A chacun sa croix.



samedi 23 avril 2011

Pertes de contrôle

C'est la Jungle, baby


Le torse maculé de sueur, le gars essuya le démonte-pneu sur le bas de son débardeur. Un débardeur qui avait dû, il y a de longues années, être gris ; mais qui avait viré au brun rougeâtre depuis pas mal de temps, avec de vilaines tâches de cervelle en travers…

11eme Commandement:tu ne décapsuleras point ton prochain
Ses biceps étaient crispés par l’effort ; la grimace affichée sur son visage, aussi engageante que celle d’un loup-garou un soir de pleine lune. L’expression même de la bestialité à l’état brut –voire de la brutalité la plus bestiale- se lisait dans tout son être : de sa démarche chaloupée, tel un Snoop Doggy Dog défoncé à la coke concourant pour le marathon de New-York en plein été, jusqu’à l’odeur corporelle disons…plus qu’acidulée qui le suivait, mieux le précédait, non en fait réellement l’annonçait, comme avec  fanfare et trompettes à la populace terrifiée qui ne songeait alors plus qu’à fuir…Une odeur de bœuf musqué, de cheval en plein effort, de taureau en pleine féria, libéré dans les ruelles de quelque ville méridionale, la bave aux lèvres et la fièvre aux yeux.

La foule n’avait alors plus qu’un choix, pour survivre, plus qu’une obsession immédiate, à la vue du prototype qui lui fonçait dessus : mettre le plus de distance entre elle –les agneaux (pas forcément de Pâques), les moutons (pas obligatoirement de Panurge, quoique), en bref le bétail– et lui –le bourreau, le boucher, le finisseur, le Fuckin’ Warrior, quoi.

Car se faire rattraper par ça, signifiait la mort à plus ou moins courte échéance. Plus ou moins douloureuse ; pas nécessairement rapide, d’ailleurs ; pas forcément agréable, surtout. En cette fin d' année 2025, après le Grand Collapsus Global, pour chacun il n'était question que de survie : survie du plus fort, du plus rapide, du plus débrouillard... Les Fuckin' Warriors avaient émergé de ce chaos par la force des choses : rapides, puissants, invulnérables aux sentiments, ils représentaient le rêve ultime d'une caste aujourd'hui disparue de la surface de la terre : les Politiciens.

on peut dire que les choses étaient allé vraiment très loin
 Et le spécimen dont nous faisons l'étude en ce moment ne dérogeait pas à cette règle -il représentait le sommet de la pyramide évolutive en ces temps plus que troublés. Des temps de nécessaire réorganisation de la cellule familliale et surtout, surtout, du retour à de vraies valeurs masculines, d'avant celles qui avaient, en fin de compte, précipité la chute de la société capitaliste.
Le concept même d'égalité des sexes avait conduit à une impasse existentielle qui avait précipité la société au bord du Gouffre : les Hommes, ridiculisés et réduits à l'état de métrosexuels efféminés, en étaient réduits à promener les gosses, faire la vaisselle, les courses et, affront suprême, quémander -oui je dis bien quémander des relations sexuelles plus que mensuelles -et épanouissantes. Une vraie honte pour le genre masculin, toute cette frustration, ces insatisfactions accumulées avaient inévitablement mal tourné : les mecs s'étaient révoltés. 

j'avais une femme..un jardin..la ptite maison a brûlé dans la prairie
Fuckin' Warrior savait effectivement faire preuve d'une violence typiquement toute masculine : pourtant, il n’en avait pas toujours été ainsi; le « Fuckin’ Warria » avait été Humain, jadis. Il n’y avait pas si longtemps, il avait même aimé –avant que la déception ne fasse remonter le taux de testostérone dans son sang à un seuil si Fukushimiesque que désormais rien, plus rien n’aurait pu l’arrêter…à part un bon vieux bain de sang, au démonte-pneu si possible, sur de jeunes et jolies femmes c’était encore mieux.
 De toutes façons, toutes ces conneries féministes dataient d'avant le Grand Dépeuplement; désormais, il avait une mission, un but, il était l'agent du changement, et ça allait valser!

-« T’avais qu’à pas me larguer pour ce minable, salope !! En plus, c’était mon pote !!
Dire que j’avais même accepté l’idée d’aller jusqu’à faire la vaisselle, torcher les courses et faire les gosses pour toi ! Tu vas me le payer !! »

Souvent, c’étaient les dernières phrases qu’elles entendaient, avant de rendre l’âme en un sanguinolent sanglot étouffé, précédant, ou suivant de peu selon les circonstances, leur bien-aimé « pitit copain » ainsi que toute leur « pitite famille chérie », si nécessaire (chiens, chats, gosses, perruches et/ou hamsters).

Incompréhension, quand tu nous tiens.
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The Candidate


Une certaine idée de la France
Le ptit gars était nerveux, vraiment trop nerveux : il tirait fréquemment sur son borsalino de feutre mou, tout en jetant des coups d’œil apeurés à la Cartier platine et diamants qui lui ornait le poignet. De temps à autre, un tic horripilant lui faisait remonter très légèrement l’épaule gauche, tout en penchant la tête, entraînant sa pommette droite à l’épaule opposée, et l’ensemble du visage avec. Un vrai pantin, une authentique marionnette. Ce gusse était à pleurer de rire! Spencer le fixait avec étonnement, depuis la petite dizaine de minutes qu'il était entré et s'était assis là, au milieu de l'entrepôt immense et vide, sur une chaise trop grande pour lui, pathétique petit homme à bout de nerfs. La paranoïa habitait son regard, l'incertitude peuplait le moindre recoin de son esprit, qu'il avait vide et sombre comme ce vieux local de stockage d'alcool de contrebande où ils s'étaient donné rendez-vous.

 -"Vous comprenez ce que j'essaie de vous dire? Vas-y, dis-lui toi, Claude.." Il s'était tourné vers son bras droit, véhément, l'accent frenchy très prononcé avec lequel il avait tenté de se faire comprendre était si...hors de propos.

Le "bras droit" en question était habillé plutôt sobrement, il portait des lunettes à la Trotski -petites, rondes, cerclées de noir, ouais vraiment des lorgnons de vieille saloperie communiste ne put s'empêcher de constater Spencer, un brin haineux- et toisait tous ses gars de façon ostensiblement hautaine. Le gars se la pétait, c'était le moins que l'on puisse dire!

Pourriture de Communisse
-"Mon employeur veut vous faire comprendre qu'il est impératif, pour lui et tous les membres de son staff, que cette affaire reste incognito. C'est pour ça que nous avons fait appel à vos service, vous comprenez? Je ne pense pas que vous ayez besoin d'user de la violence envers la cible, mais envers d'éventuels gêneurs -et Dieu sait qu'ils sont légion, en ces temps-ci..." Il repoussa les lunettes à la racine de ses sourcils d'un air très intellectuel -un air de pourriture d'intello marxiste pensa très rapidement Spencer- avant de lâcher, d'un air très détaché et vraiment snob : "il vaut mieux opérer en toute discrétion, si toutefois nous pouvons compter sur vos hommes pour savoir ce que veut dire ce mot, Mister Spencer?"

-"Non Claude tu ne comprends pas qu'il faut leur dire TOUT, TOUTE la vérité? Qu'elle est partie, qu'elle s'est tirée, et qu'elle nous met dans la merde?" s'emporta le petit brun, tout en se tortillant sur sa chaise, tout en exaspération et colère mêlées... La sueur coulait sur le front du petit gars.

si tu pars j'nous suicide
-"Cette chienne s'est servi de moi! Elle a voulu se marier, vivre la grande vie, la vie la First Lady ouais mon derche! Je ferai de mon mieux, toussa la grande litanie Paris-match-Closer-Voici-Gala-Point de vue images du monde et toutes ces MERDES DE JOURNAUX PEOPLE POUR CES CONNARDS DE LA FRANCE D'EN BAS!!  Elle nous a bien roulés dans la farine, ouais! Et maintenant que ça commence à sentir le roussi, que je suis au plus bas dans les sondages, que les élections sont à nos portes elle profite d'une VISITE D’ÉTAT DE MERDE POUR SE RÉFUGIER A L'AMBASSADE ET DEMANDER L'ASILE POLITIQUE? MAIS ELLE CROIT QUOI? QUE JE VAIS LA LAISSER FAIRE?"

Le petit était hystérique. Le bras droit posa son gauche sur sa tête, d'un air protecteur, et crut bon d'ajouter :

-"Voyons Nicolas calmez-vous, nous allons nous en charger, laissez faire les profession..."
-"RIEN A FOUT' DE VOS PROFESSIONNELS, DANS UN MOIS C'EST LES ÉLECTIONS, JE ME REPRÉSENT' ET ELLE S'EST TIRÉE, IL FAUT LA CREVER, IL FAUT LUI FAIRE PAYE**¤ "

Le petit personnage ne finit pas sa phrase, tout occupé qu'il était à s'affaler sur le sol de béton froid de l'entrepôt. Spencer rangea la matraque dans la poche intérieure de son pardessus et fit un rapide signe de tête aux deux gorilles qui encadraient la porte.

La pourriture de gauchisse était livide, elle s'était agenouillée auprès de son maître, et sa voix commençait à monter dans les tours :
-"MAIS qu'avez-vous donc fait? Que croyez-vous qu'il va se passer? Vous ne pouvez pas vous imaginer dans quel pétrin vous vous êtes fourrés!!!"

Malabar numéro 1 l'interrompit d'une main sur l'épaule -en fait un coup de battoir sur la tête propre à assommer un bœuf, alors vous pensez bien, un intello communisse... Le Guéant chut sur son séant en un rien de temps.

-"Patron, vous voulez qu'on s'en débarrasse?"
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Fukushima mon amour


Ca grillait chaud dans le coin. Takeda lisait 48,7 degrés Celsius sur son afficheur digital; il faudrait confirmer l'information, l'électronique avait tendance à dérailler en présence de neutrons...et, ces temps-ci, il y avait beaucoup, beaucoup de neutrons dans le coin.

tout est sous contrôle, alors on a fait péter le champagne
Takeda regarda le bus garé sur le parking, et il ne put réprimer un sourire de satisfaction : par tous les Dieux du Shinto, ils l'avaient fait! Ils avaient réussi, et pas qu'un peu!

Malgré le goût de métal de plus en plus présent dans sa bouche, malgré les nausées qui devenaient de plus en plus fréquentes depuis quelques semaines. Malgré la fatigue, soudaine, inattendue et (presque) inexplicable qui le gagnait chaque jour un peu plus. Malgré le crépitement du Geiger qui avait cessé de réellement l'importuner -d'intermittent, il était devenu continu. Malgré le silence assourdissant, aux abords de la Centrale dévastée : tous les oiseaux qui n'étaient pas morts s'étaient tirés, ne restaient plus que les débris, ceux des génératrices, du toit, et des murs, un peu partout... éventrés, désintégrés, et ce cœur qui battait à nu, pas si loin que ça de lui... La nuit, ça brillait, c'était beau.

Takeda se dit qu'il déraillait, que ça n'était plus possible, qu'il fallait qu'il rentre en zone protégée mais non, il devait continuer, pour son honneur, le devoir, ses ancêtres, l'amour du travail bien fait que sais-je?

Puisqu'on vous dis que c'est CHAMPAGNE pour tout le monde!
De toutes façons il savait que c'était foutu : ce matin, il avait commencé à chier du sang, alors, perdu pour perdu, autant finir le job, non? Et puis, combien il avait reçu? La dernière fois qu'il avait osé lire son dosimètre personnel, il s'en était presque étouffé, le truc était resté bloqué à 600 millisieverts! Alors autant se faire plaisir, non? Autant aller à l'essentiel : le réacteur numéro 3 devant lequel il se trouvait présentement était le seul qui posait encore réellement problème. Combien de ses collègues y étaient déjà resté, à essayer de le maintenir sous le seuil de criticité, à le refroidir sans cesse, à pomper et rejeter l'eau empoisonnée pour remettre à flot les groupes de refroidissement?

au pays de Mickey, on vous dirait qu'il ne s'est rien passé
Un mal pour un bien, en fait : les atteintes à l'environnement étaient désormais irréversibles, pour cette zone du Pacifique dans lequel se situait l'archipel du Soleil Levant (et si ça continuait, on pourrait bientôt dire "irréversibles" tout court). Bien sûr, Takeda était vraiment conscient que ça n'allait pas s'arrêter : il était sans nul doute un des seuls à s'en rendre compte, en ce moment précis, alors qu'il pénétrait dans le saint des saints, la bouche de l'enfer, la caverne du Dieu  Atome devenu fou. Mais il se demandait souvent comment ces imbéciles de la Direction faisaient pour vendre l'affaire au monde entier... en ce moment même, ça devait se bousculer au portillon, et il aurait donné cher pour assister ne serait-ce qu'à une conférence de presse du Groupe Tepco; sacrés petits plaisantins! Ils devaient leur en débiter, des conneries, tous ces pseudos experts, à tous ces journaleux en mal de sensationnel!

Au fur et à mesure qu'il escaladait les débris de ce qui restait de l'enveloppe extérieure de l'enceinte de confinement, il prenait conscience du carnage : une longue balafre s'étalait au travers de l'enveloppe même de l'enceinte... La faille luisait! La fumée dégageait une quantité phénoménale d'isotopes de toute nature, il les voyait s'élever là-haut, dans l'atmosphère, des petites lumières de couleur verte phosphorescente. De magnifiques vers luisants, les lucioles du XXIème siècle!

Il ne put s'empêcher de s'esclaffer à ce bon mot : il est vrai qu'il avait toujours eu un humour ravageur : au moins les collègues se souviendraient de lui pour ça... Takeda, tu te rappelles, celui qui est allé ramasser des vers luisants dans le réacteur numéro 3? Ah le con!

Toujours est-il que ce qu'il vit acheva de définitivement le convaincre : le corium était déjà en formation au fond de la cuve, l'enceinte de confinement éventrée, les barres de Mox répandues ici et là...Bonne chance avec le plutonium, les gars! Vous allez vraiment en avoir besoin, pour sûr!

vous êtes trop cons pour comprendre
Non vraiment, vraiment il aurait donné beaucoup pour savoir quels mensonges rassurants ces salopes de la Direction allaient encore balancer aux médias! Au moins ça permettrait de gagner du temps jusqu'à l'apparition des premiers malades, qui sait? Dans son cas, autant en finir tout de suite : il avait toujours voulu, plus ou moins inconsciemment, regarder à l'intérieur d'un cœur en fusion. Il allait enfin pouvoir exaucer ce souhait : c'était pas rien!


Takeda balança sa radio désormais devenue inutile -il entendit brièvement le contremaître lui ordonner de rebrousser chemin, d'une voix rendue folle par l'angoisse et la colère- et éclata de rire un dernière fois.

Sa vision se brouillait; le goût de métal dans sa bouche, les petites cloques qui apparaissaient sur sa peau, les démangeaisons de plus en plus insistantes au fur et à mesure qu'il s'approchait et puis ce bruit, cette stridence dans ses oreilles. Son dosimètre qui gueulait, bloqué à 999 msV, et sa combi de travail, bonne vieille combi doublée de plomb, qui le gênait plus qu'autre chose, ses dents, ses bonnes vieilles dents qui tombaient une à une à l'intérieur de son casque, ses cheveux, ses yeux qui*¤¤~~ #-¨' '  '        //                *