C'est dimanche. Il est un peu irrité : il attend ses amis qui sont "en retard", comme d'habitude, pour une balade au pied de "la" montagne.
Du coup il part devant, en éclaireur : elle s'étend, au delà du barrage, dans son écrin de verdure autrefois ravagé par les flammes. Immémoriale, multi-millénaire. Majestueuse.
Les dernières estimations situent sa formation à 230 millions d'années...un vulgaire plissement de terrain en des temps où rien n'existait à part quelques larves dans l'océan. Tout ce temps, une paille, qui lui fait remettre immédiatement en perspective sa misérable condition d'homme. L'énervement s'efface alors : à quoi bon? Autant en profiter...un peu, en attendant.
Il fait quelques pas et tombe, à l'orée de la forêt, au détour d'un bosquet, sur un petit sentier. Puis une pierre plate, qui forme comme une sorte d'avancée, face au barrage, et à la falaise. L'invitant à se poser. A méditer. Il se dit qu'elle a attendu ici quelques millions d'années, cette pierre, alors il peut bien poser son derrière quelques minutes dessus, non?
Il s'assied sur la pierre, les genoux croisés.
Il fait beau, cette journée de mi-octobre est juste magnifique : le soleil de onze heures est doux, aussi doux que l'odeur du romarin et du thym qui poussent par là, et embaument légèrement l'air de ce début d'automne. Sur sa peau, une légère brise, si délicate qu'on la dirait posée exprès là pour rafraîchir juste ce qu'il faut sa peau, trop peu habituée au contact direct de ce soleil déclinant de mi-saison.
Il contemple la rive en face : à sa droite, le barrage qui forme un demi-arc de cercle gigantesque; un peu en contrebas, le bassin de retenue. En face, la forêt, avec au loin le parking entre les arbres. Un piaf vient se poser juste devant lui, sur la branche de chêne basse. Son chant n'est ni magnifique, ni laid : juste simple. Comme cette journée. Il a envie de sourire.
En fixant la forêt en face, au-delà du bassin de rétention il aperçoit l'autre rive : des argelas, ces petits buissons touffus dont les feuilles dentelées piquent les mollets des promeneurs insouciants, la recouvrent presque totalement. Il y a quelques ruines de pierres disséminées ici et là, au milieu de la rocaille. Peut être un reste d'abri de chasseur, ou de berger, une "borie" à l'abandon.
Il en est là de sa contemplation quand il commence à se focaliser sur son souffle; les yeux ouverts, il rentre de plus en plus profondément en lui, abandonnant toute pensée parasite. Il essaie "d'éteindre ce fichu poste de radio". A ce moment, il remarque des ondulations sur la rive opposée : non pas comme celles produites par le mirage de la chaleur, mais de vraies ondulations du paysage. Un peu comme si celui-ci n'était qu'un voile, et qu'il tremblotait dans la brise de ce petit matin d'été indien.
Ce détail légèrement a-normal lui fait instantanément reprendre pensée, focalise son attention sur ce phénomène. Il n'a aucune crainte, aucune peur à l'observer, à le constater, de plus en plus présent. Qu'est-ce vraiment? Ces petits picotements au bout des doigts lui sont maintenant familiers : les cheveux de sa nuque qui "fourmillent" aussi. Il est en présence de quelque chose, d'une force.
Il faut reconnaître qu'humblement, il n'en sait pas beaucoup plus : il vit juste le truc. C'est assez puissant pour le pousser à détourner le regard à quelques mètres de là, sur sa rive à lui. Vers sa pierre, vers ce lieu qu'il s'est choisi pour "se poser".
Et il est là.
A ses pieds, il ne l'avait pas remarqué de prime abord, mais il était là depuis sans doute un petit paquet de temps. Bien avant que le barrage ne soit construit, bien avant ce que ses semblables appellent la "Civilisation", bien avant la domination de l'Homme sur cette terre. En fait, bien avant l'apparition de l'Homme tout court.
Ça ressemble à un caillou de la grosseur d'un demi-poing fermé, de forme oblongue. C'est à moitié enterré dans le sol, et en fait ça ne dépasse que de quelques centimètres, pointant à l'oblique vers l'orient. A première vue, une pierre comme il y en a des milliers par ici. Rien ne la distingue des autres si ce n'est qu'elle effleure à moitié, et qu'elle vibre littéralement par rapport aux autres pierres. Il sait que ce qu'il cherche depuis longtemps est là, depuis, qu'en fait, il a arrêté de le chercher.
Il dégage l’œuf fossile avec d'infinies précautions, : à sa surface, il y a des couches d'écailles partiellement conservées. En le sortant de terre, il s'aperçoit qu'il est à moitié fusionné avec une motte de glaise fossile. L'ensemble forme un caillou long d'une dizaine de centimètres, partiellement recouvert de coquilles qui sont comme écaillées. En le prenant dans les mains, il sait qu'il a vu juste : la pulsation n'est pas faramineuse certes-il faudrait se mentir pour le croire- mais elle est là. Une vibration primitive, des temps anciens, pré-géologiques, où rien de ce que nous connaissons, ou imaginons, n'existait.
Une époque où les grands reptiles parcouraient ce plateau argileux qui allait devenir la Vallée de l'Arc. Où ces dragons, après avoir survécu aux épreuves d'une existence assez courte, faite de prédation, de bruit et de fureur, venaient ici pour se perpétuer. Le feu.
Certains s'écroulaient ensuite, épuisés, dans la vase et la glaise. D'autres s'en retournaient auprès de leur nid, vigilants, attendant l'éclosion. La couvée.
230 millions d'années et des poussières...
Il se relève, le fossile dans la poche. Son portable vibre bien plus fort, lui : les amis sont arrivés, ils sont sur le parking, il est temps de partir. D'aller au sommet contempler cette vallée qu'il a toujours aimée.
Il sent l'énergie de la Vie qui déborde en lui. Le soleil brille. Le vent souffle.
O Seigneur, par pitié, accorde-moi la joie d'accéder aux sirènes du bonheur, à l'ivresse de la possession, au plaisir de la paresse, à l'octroi du luxe sous toutes ses formes, y compris celles de la finesse
Méga-beauté d'une époque où tout se voit, où tout s'achète, où tout se monnaye, où tout se vit par procuration sur un bel écran plat.
19/9èmes, sorties optiques plaquées or de haute qualité. Son et images "HD Ready", technologie "crystalizer", LEDS à longue durée de vie, rétroéclairage, VGA DVI HDMI/TFT dalle IPS 28" wide, temps de réponse 5ms, résolution 1920x1080, contraste évolué de 5 000 000:1, Tuner TNT/MPEG4 intégré, luminosité 250cd/m², USB (photo et audio), D-Sub, composite, Péritel, Full Scart ,prise casque (arrière), entrée PC, et bien sûr hauts-parleurs intégrés 2x10 watts en façade.
Mais livré sans pied, hein.
Passque faut pas déconner non plus : vous savez combien ça coûte, en bridés/horaires, à fabriquer cette saloperie? Vous n'avez vraiment pas idée... Sans parler de tous les métaux lourds qu'il faut extraire de cette chère mère-nature et placer là, le temps de fabriquer le bouzin, bien sûr. Cadmium, zinc, silicium, arsenic, plomb, bromure, mais aussi le merdier autour, l'emballage : plastique, donc pétrole, plus carbone, plus papier, plus gaz rares, genre chromure de merdium en phase gazeuse avancée à haut pouvoir de réflection électroluminescent. (non en fait c'est plus de phosphore dont il est question, je crois).
rien de tel pour la paix de l'Etre
Tout ceci pour arriver à cet objet ultime, ce symbole de ce que le capitalisme, la société de consommation et la Banque Carrefour-Crédit-Pass en 10 fois sans frais nous permettent d'acquérir, nous offrent de plus évolué, de plus jouissif, de plus bandant, de plus smart, de plus nec-plus-ultra-du-je-le-veux-mais-putain-c'est-quand-même-pas-donné-1500-euro-va-falloir-en-bouffer-des-pâtes-pour-se-le-payer-ce-bordel.
Un peu comme un iphone, mais en plus gros, en plus grand, en plus cher, aussi. Merci au Steve Jobs de l'écran plat, je sais pas qui c'est, mais il est au moins l'égal, à mes yeux, de Gandhi, ou d'Adolf Hitler, à sa façon : il a participé à établir la paix dans le monde, pour des décennies et des décennies. Une espèce de prise de conscience globale, que nous sommes de plus en plus inconscients, hypnotisés, devant notre bel objet qui luit, le soir, comme les étoiles au dessus de nos têtes, comme ce vide de l’espace entre elles, et à l’intérieur de nos têtes du coup, aussi. Étrange miroir cosmico-consumériste que celui-ci, non? Vous trouvez pas? Nan, jsuis sérieux, je déconne pas : c'est prouvé, y a des étoiles dans l'espace, et du vide entre elles. Beaucoup, beaucoup de vide. Allez savoir comment ça tient, tout ce merdier?
Quoiqu'il en soit mon bel écran plat est un Don, un Cadeau fait à l'Humanité toute entière, peut être même qu'il vient du cosmos, ce Cadeau, allez savoir, des petits-gris, genre ceux qui se sont posés à Roswell, ils nous ont donnés cette technologie, peut être contraints-légèrement- par ces braves Ricains en pleine Guerre Froide, un ptit bout de bidoche enlevé par ici, un ptit coup de menaces par là, imaginez la scène :
je viens en paix, moi aussi
-"Mais tu vas la cracher, ta putain de technologie militaire espèce de pourriture extra-terrestre? Allez, magne-toi, j'ai pas que ça à foutre, j'ai une guerre à mener, et des Soviets à niquer! Vazy accouche-le, ton rayon de la mort!" Le soldat-béret vert expert ès tortures en tout genre s'acharne depuis des heures sur la pauvre petite chose recroquevillée sur la table en formica. Nous sommes au cœur de la Zone 51, area Top-secret, Men in Black allowed only. Des gardes avec des M16 partout, miradors, clôtures électrifiées et bergers allemands avec patrouilles en rangers toutes les cinq minutes. Pas moyen de s'échapper, le petit-gris est dans de mauvais draps, c'est sûr. Ça fait des jours et des jours que ce GI le torture, lui faisant subir les pires supplices (Céline Dion à donf, discours de Sarkozy, lectures à haute et intelligible voix du quatre-vingt-dix-huitième tome des mémoires de Jean d'Ormesson,etc.etc.)
Et ce con d'alien de balancer le premier truc qui lui passe par la tronche, car c'est décidé il n'en peut plus, autant lâcher l'affaire tout de suite, là il sort tout ce qu'il a de plus précieux, ZE secret ULTIME, genre la technologie des LEDS qui sert à fabriquer des écrans plats. "Nous venons en paix", qu'il dit, tout en griffonnant, d'une main fébrile, des consignes sur le calepin que la grosse brute aux mains ensanglantées lui tend, impatient. Il trace des figures géométriques abstraites avec ses trois doigts-spatules, genre "pitié-ne-tirez-pas-tout-de-suite-dans-la-tête-honorable-militaire", "je vais vous donner ce que vous désirez : le moyen d'enculer tous ces bolchéviques à sec, et sans vaseline!"
programmes électoraux (faut voter)
Il contribue, sans le savoir, en révélant ce secret, à l'ouverture d'une ère de jouissance nouvelle, un but à atteindre, l'objet ultime à acquérir, pour qu'enfin nous nous accomplissions, ma mie, et que nous atteignions ce Graal qu'est la contemplation de Secret Story, ou de La Ferme Célébrités, ou Koh-Lanta, sur écran plat. Ou ce JT de Jean-pierre Pernaut, un verre de Ricard à la main, que je me délecterai de regarder, de digérer, parlant de "la France de nos régions", si belles, si chères à mon cœur, ce cœur d'électeur moyen fatigué par une dure journée de labeur, affalé sur mon canapé-trois pièces en simili-cuir Ikéa je suis si bien, vite passe-moi la télécommande, kessya ce soir dans le poste, tiens le JT? Cinq minutes pas plus hein, après je déprime, mais quand même en période de crise il faut savoir s'informer, en période préélectorale encore plus, mais merde quand est-ce que ces putains de moutards vont arrêter de brailler que je puisse écouter, t'as qu'à les mettre devant un dessin animé ou la XBox, jsais pas moi, et au fait, pourquoi t'as pas pris des chips au supermarché, connasse! File dans ta cuisine, avant que je lave le sol avec ta tronche!
Mais je m'égare, on en est pas encore là, qu'advient-il de notre ami alien bienfaiteur de l'Humanité? Il vient de lâcher le morceau quand même, c'est pas rien! S'est-il reconverti en entrepreneur à la Steve Jobs, ou quoi? LA suite :
Le béret vert hoche la tête, grommelle quelques borborygmes d'approbation, tout en suivant du coin de l’œil la progression des équations sur le calepin... Au bout de trois minutes, le transfert de technologie s'effectue : le schéma d'une arme redoutable semble s'esquisser, cette petite chiure de mouche intergalactique et pantelante en aura mis du temps quand même! Mais elle a fini par dessiner une sorte de gros rectangle lumineux; on distingue des rayons qui sortent de sa surface, et se projettent loin devant, en un cône luminescent. Il semble se dégager une immense énergie du truc, et les équations en dessous le prouvent, le scientifique qui vient d'arracher le papelard à la grosse brute rajuste ses lunettes en écaille d'un geste fébrile, ils tiennent là un truc qui va tout péter, c'est sûr, jvous raconte pas la gueule de ces putes de Soviétiques quand il vont savoir ça!
ils entrevirent immédiatement les possibilités du truc
Des années qu'il attendait ça, enfin! Il va au tableau noir d'une démarche appuyée, appelle ses collègues chenus et barbichus restés dans la salle à côté, "mais bon sang c'est bien sûr j'le savais!" fait-il en se tapant le front d'un geste dégoûté, "j'aurais dû m'en douter avec un peu plus de temps cette salope d'alien ne m'aurait rien appris que je ne sache déjà, m'enfin voyons, enfin quoi, hein, ho bon non mais..." alors là je disais, il tend le papelard à ses autres collègues scientifiques en blouse blanche, ceux-ci aussi se tapent le front d'un air éberlué, "mais bon sang mais c'est bien sûr nous nous en étions doutés, mais quelle salope ce petit-gris de nous avoir caché ça, hein, non mais franchement, hein, ho, bon mais..." font-ils tous en cœur. Ils tiennent là une avancée technologique majeure, y a pas de doute.
Et ils foutent le camp discuter des possibilités de cette nouvelle technologie devant la machine à café, laissant le soin à la grosse brute au béret vert et aux idées courtes de coller une balle dans la tronche de cette pourriture de l'espace. Ce qu'il fait dans la minute qui suit. L'alien aura beau le regarder avec des yeux mi-implorants mi-larmoyants, lui balancer des messages télépathiques pacifiques à tire-larigot, lui faire le signe V de la victoire genre "peace and love" avec ses deux doigts-spatules restants (le troisième étant resté sur la table en formica, entre les mâchoires de la pince Monseigneur de ce cher béret vert), rien n'y fera.
Et voilà la vraie histoire de la genèse de cet objet de toutes les envies, de ce symbole vivant du matérialisme le plus béat qui soit, mais cette histoire-là, c'est pas dans les livres "officiels" qu'on vous la racontera, mettez-vous bien ça dans le crâne. Alors oouuuiiiii, c'est sûuûr, je vous raconte pas la gueule des scientifiques quand ils se sont aperçus que "l'arme" en question n'en était pas une, du moins pas au sens où ils l'auraient voulu... mais pas grave, ils se sont bien démerdés quand même, et ont su la faire tomber dans le domaine public, cette technologie redoutable. Ca a bien pris quelques années, mais ça a finalement fini par niquer ces salopes de russcofs pour de bon. Selon l'enchaînement de circonstances désormais bien connu : diffusion du capitalisme et de son mode de vie enviable via les ondes TéVé=>envie du peuple tombé en esclavage sous le joug des rouges=>révolte à la porte de Brandebourg=>désintégration de l'URSS=>récupération par l'économie capitaliste=>vente d'écrans plats en constante augmentation=>lavage de cerveaux à grande échelle=>apparition d'indignés sur Facebook.
Voilà comment ça s'est vraiment passé. Je le jure, j'ai des sources. Ça c'est du off, mais c'est du lourd, du vécu mon gars, du truc qui en a de la saveur, pas de la manip' de bas étage mais du réel, du concret, du sérieux, un vrai taf d'historien, avec peu (oh vraiment très peu) d'ajouts de circonstance, ça me fait penser à un plaisir simple en fait, un peu comme un Havane qu'on sait interdit, en période de blocus Cubain, entre les mains pleines de bagouzes du mafiosi local, costard rayé trois-pièces impeccables et cheveux gominés plaqués en arrière, il en aspire de longues goulées avec ce sourire béat sur la tronche, à chaque fois ça découvre sa dentition en or massif, putain ce que c'est beau, là il se renverse en arrière sur son fauteuil en cuir avec dans les yeux ce "c'est moi le Boss", vous comprenez? Non? Pas grave : en fait je voulais juste dire qu'on ne peut qu'apprécier, en sachant que ce sera peut-être la dernière chose qu'on savourera sur cette terre.
J'ai à peine romancé le truc, histoire de le rendre plus agréable à lire, mais ne vous méprenez pas : la réalité est beaucoup plus triviale. Un drame est survenu dans ma vie, cet été : ma vieille TéVé à tube cathodique est tombée brusquement en panne, un beau jour de juin, et là, la question s'est posée, tout naturellement. Devais-je m'acheter un bel écran plat tout neuf, ou aller aux putes?
J'arrête là le suspense insoutenable : je suis allé acheter le dernier livre de BHL. C'est moins exigeant, intellectuellement parlant.
il a pas eu le temps de me faire un autographe : j'en ai mis partout
Ce petit billet pour féliciter notre nouveau papa : c'est beau de voir un président heureux.
Pour fêter ça, quoi de plus normal que de plier à nouveau l'échine devant les financiers à l'occasion du dernier sommet de Bruxelles? Et pis, tant qu'on y est, lors de la mascarade du G20 les 3 et 4 novembre prochains?
Ainsi, la décision de geler la revalorisation des allocations familiales jusqu'en avril 2012 : ça ne mange pas de pain, et c'est un message fort en direction de toutes ces feignasses d'assistés. Allez bosser, au lieu de toucher des allocs à rien foutre!
Mais surtout surtout, faites gaffe hein : si vous bossez, ne tombez pas malades. Car dans ce cas, en cas d'arrêt maladie, ça n'est plus trois jours de carence mais quatre qui vous seront imposés. Alors c'est sûr, après la fiscalisation des indemnités journalières d'accident du travail début 2011, une ignominie de plus ou de moins, hein, qui le remarquera? (en gros = tu as un accident du travail, c'est de la faute de ton employeur, pas de toi, MAIS tu dois quand même désormais raquer des impôts dessus, même si la faute est avérée et imputée à ton employeur...car si l'accident est accordé par la sécu, c'est ce que ça veut dire.).
De toutes façons, le gâteau de la Sécurité Sociale est bien trop gros pour rester dans le giron de l'état. RGPP oblige, il va falloir commencer à refiler des morceaux de plus en plus épais de cette belle bête à nos amis les financiers, les assureurs, en gros tous ceux qui lorgnent dessus depuis fort longtemps. En même temps, ça sera un "signal fort" de plus en direction des ces chers "marchés" : la bestiole est vorace, elle en veut toujours plus. Soyez rassurés, ça n'est qu'une question de temps avant qu'on nous demande de nous coller à tous une balle dans la tête pour "apaiser, rassurer ces putains de marchés"!!
De toutes façons, le problème, c'est que "nous dépensons trop". C'est pas moi qui le dit, c'est cet incompétent de président qui l'a répété encore hier soir dans le poste.
Et pour une fois je suis entièrement d'accord avec lui : si on commençait par le poste des dépenses de l’Élysée, qui a carrément explosé depuis 2007? Entre un salaire présidentiel qui a plus que triplé, un Airbus présidentiel à 300 millions d'euro, avec baignoire, four à pizza intégré, et cafetière à 15000 euro, avion totalement inutile (car il y avait un autre coucou qui fonctionnait, et qui suffisait)? Et j'en passe...parce que ça, si on commençait à taper dedans, ça nous ferait faire des économies, non?
Dépenses totalement injustifiées, mais chut : n'en parlons pas.
Tapons plutôt sur les plus faibles.
Sur les plus pauvres.
Sur les plus précaires.
C'est ça, le système Sarkozy : faible avec les forts, et fort avec les faibles.
Je regarde encore ces images d'un dictateur qui vient de se faire assassiner sans autre forme de procès.
Certains s'en réjouissent; d'autres s'en attristent.
Comme je l'avais écrit pour Ben Laden, je le redis ici : Mouamar était un dictateur doublé d'un sanguinaire, mâtiné d'un tortionnaire. Bref, un beau pourri qui "a vécu et péri par l'épée." Soit.
Mais RIEN ne justifie qu'on se réjouisse de la mort arbitraire d'un homme, d'un lynchage sans procès équitable, même pour la pire des crapules.
La "droite" élyséenne n'a plus aucune leçon à donner là-dessus, elle vient de se ridiculiser une fois de plus. De montrer son vrai visage : celui de l'ignominie, en cautionnant tout cela pour grappiller quelques miettes du gâteau Libyen et de ses pétrodollars sur lesquels lorgnent Total et les grosses boîtes françaises. Tout ceci est à gerber : pourquoi ne va-t-on pas aider les Syriens qui sont en train de se faire exterminer? La réponse, tout le monde la connaît : eux, ils n'ont pas de pétrole, mon bon monsieur.
Surtout pas Sarkozy qui plastronne, qui se félicite de la mort de Mouammar Kadhafi, alors que c'est le même qui, en 2007, avait accueilli un certain Kadhafi Mouammar sur les marches de l'Elysée, sous les ors de la République, avec tous les honneurs....
La droite sarkozyste est-elle schizophrène? Je pense que oui : à l'époque, nous les "gauchos" nous étions indignés de cette visite. Pour moi, elle apparaissait pour ce qu'elle était vraiment : illogique que le Pays des Droits de l'Homme cautionne cela, non? Seule une certaine Rama Yade s'en était publiquement énervée. Elle avait gagné le respect de pas mal de monde, y compris à "Gauche". Ca ne l'avait pas empêchée de se faire recadrer par ce gouvernement de la droite la plus abjecte qui soit. Oui, je le dis ici : être de droite n'est pas une tare.
Être sarkozyste, aujourd'hui, dénote par contre une grave dysfonction mentale.
Car on assiste maintenant aux "félicitations" du petit président pour le lâche assassinat de celui qu'il recevait en grande pompe, il n'y a pas si longtemps que cela. Celui auquel il a vendu des armes, des avions de combat, et allez savoir quoi d'autre... Ces mêmes armes se sont ainsi retrouvées dans les mains de combattants opposés à l'armée Française, jusqu'à hier encore...cherchez l'erreur?
Hier comme aujourd'hui, je le redis : les dictateurs sont des pourris. On ne devrait pas traiter avec eux. Mais ils ont aussi droit à un procès équitable. Sinon nous ne valons pas mieux qu'eux...
Blogue pas trop en ce moment...en fait, quand je regarde mon compteur de messages, il est aussi plein que mon compte en banque pour le mois de septembre... BON.
Mode victime/plainte [OFF]
Ça ne veut pas dire que je vais arrêter le "bloggage"..en fait je crois que je n'ai jamais vraiment commencé. Je suis, comme qui dirait, trop capricieux et si peu régulier pour rentrer dans les canons de ce milieu. On va dire que chaque blogueur l'est, forcément, mais moi un peu plus..façon de me targuer d'être différent alors que je rentre forcément dans l'un ou l'autre moule, non? Quoiqu'il en soit, en couchant mes pensées et délires par ici, à quoi m'attendais-je vraiment?
Alors tout seul j'vous raconte pas..
Pourtant, j'ai commencé par quatre fois un billet, ces dernières semaines : ça vient pas, ça veut pas, ça bloque, suis pas content de moi. C'est pénible quoi! Du coup je passe à autre chose : musique, ballades forcenées dans les montagnes, que sais-je méditation aux sommets...tout ce qui peut me faire oublier que parfois, j'aimerais que rien ne s'arrête, que tout continue vraiment....alors que je sais pertinemment, au fond de moi, que TOUT, absolument tout est impermanent. Rien n'est fait pour durer, ne serait-ce que la situation la plus merveilleuse, comme la plus merdique. Une seule chose est éternelle : l'énergie de la vie, l'étincelle divine, appelez ça comme vous voulez, mais ce qui nous anime et qui fait le job, le reste n'est que du vent.
Alors forcément, quand j'ai commencé à vraiment réaliser ça (en fait je l'ai vraiment réalisé le jour ou je l'ai vécu, une fois de plus, une fois de trop...), là une dernière fois je me suis dit : ça suffit je ne souffrirai plus, c'est fini!
Alors...je parle de moi, de ma petite personne, mais au fond cette réflexion s'applique à tout ce que nous vivons! Et actuellement, on peut dire qu'il y a matière à voir cette vacuité partout, à la constater, et finalement à l'accepter...on va, pour finir, affirmer que ça nous évitera non seulement de morfler un peu trop mais éventuellement, de rebondir. Et d'aller au-delà. Car qu'en est-il du reste?
Libéral d’extrême-gauche
La domination économique occidentale, le modèle capitalistico-libéral : en cours d'effondrement. Et ceux qui croient, qui nous serinent à longueur de médias que "les marchés ont besoin d'être rassurés", que "la croissance doit être forte", ne ressemblent-ils pas à ces musiciens sur le pont du Titanic?..Ils jouent de plus en plus fort, au fur et à mesure que les craquements se font de plus en plus entendre, sinistres et sans équivoque, et que l'eau leur touche les pieds, qu'elle grimpe jusqu'à leurs genoux et mouille leur queue-de-pie, ils persistent et jouent de plus en plus gai...ahaha. Tout ceci pour quoi, au final? Plouf!
Nos certitudes, notre petit confort, nos habitudes de nantis (comprenez = par rapport aux 4/5èmes restants de l'Humanité qui crèvent un petit peu la dalle en ce moment) liées à cette "économie", à ce "modèle" : elles suivront le même chemin. En fait, elles sont en train : nous constatons, chaque jour un peu plus, l'effacement des privilèges et autres acquis sociaux, le gommage de nos si chéries "Libertés" durement acquises grâce au sang de nos Anciens... Le grignotage du si gros fromage, par les petites dents pointues du satané bestiau de rat libéral. Sécurité sociale, Services Publics, Education, Démocratie et représentation populaire grâce aux élections... Liberté d'expression, de ton, de parole...pouvoir d'achat, pouvoir de consommer, pour qui, pour quoi faire? Également tout ceci suit aussi le même chemin : à la flotte, dans les bas-fonds! Faut-il s'en alarmer? Certes, oui, mais le constater c'est aussi admettre que tout n'est pas gravé dans le marbre, que l'Histoire suit des cycles, se répète inlassablement. Et que le changement fait partie de cet univers.
Moyen-age=>servitude=>Lumières=>Révolution=>Démocratie=>Crise=> Élections=>Émergence de totalitarismes=>Guerres=>30 Glorieuses=>Crise=>...
Si j'applique ce modèle aux sociétés humaines, je peux aussi l'appliquer plus loin : à la planète toute entière.
de la compétition en milieu entrepreneurial...
Extinction des espèces : il fut un temps ou des espèces dinosauresques parcoururent la surface de ce caillou; un beau jour, une petite météorite (oh, trois fois rien hein) qui passait par là décida de faire une pause-pipi dans la proche banlieue de l'écorce terrestre. Résultat : extinction totale de tous ces gros dinos qui se croyaient si 'achement balèzes que c'est nous les meilleurs, que on peut te courir après dans Jurassic Parc et te becqueter sans que tu le voies venir, et patati, et patata, et crac! On fait moins le malin, hein, avec une météorite sur la gueule? Hein?
Sans parler des crises écologico/climatologiques : combien de périodes glaciaires, de périodes de réchauffement où la vie a presque disparu, sans parler au tout début, genre quand la speakerine de la météo d'alors aurait pu le dire ainsi, si elle avait existé : "aujourd'hui lundi 10 Août -159 millions avant Jésus Christ, température au sol chaude et ensoleillée, climat agréable, minimales -350° la nuit, maximales 8200° à l'ombre au petit matin. Surtout n'oubliez pas vos lunettes.
« La vie, la santé, l'amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? »
J'en vois qui froncent les sourcils....
Martine, la copine à Laurence, bien sûr
Il est vrai que cette merveille tout droit sortie de la bouche de Laurence Parisot, amie bien connue des prolétaires et autres gagne-petit que nous sommes, à l'aune de ce que je viens de développer, sonne différemment. Alors là, avant que vous ne me traitiez tous de pourriture de libéral capitaliste vendu à l'ennemi, je voudrais juste dire, pour ma défense, Votre Honneur, que j'lai pas fait exprès! Qu'est ce que j'y peux moi, si la philosophie de Vie qui résonne en moi est reprise par une pouffiasse de patronne libérale Sarkozyste de droite? Hein? En fait si on regarde les mots, ceux-ci ont toujours un sens.
Précarité : ouh là, pas bon ça. Évocation immédiate de clochardisation, de pâtes alimentaires à tous les repas dès le 10 du mois, de galère systématique et d'angoisses au quotidien.
Remplacez ce mot par impermanence, vacuité, ou je sais pas moi, plus poétiquement par "éphémères"... Zavez vu que d'un coup ça passe vachement mieux?
Un amour éphémère, un travail éphémère, une situation éphémère, une vie, éphémères comme la goutte de rosée sur la toile d'araignée dans la campagne, au petit matin... Merde, que c'est beau : j'en chialerais presque. Le pire, c'est que c'est vrai : j'en chiale vraiment, je viens-presque- de donner raison à Laurence Parisot.
Comme quoi, même l'engagement le plus à Gauche qui soit peut aussi, inéluctablement, fatalement, irrésistiblement tendre vers l'éphémère...
Et le Grand Architecte de l'Univers s'essuya le front, qu'il avait fort grand, d'un geste plein de nonchalance...mais qui n'en dénotait pas moins une certaine nervosité.
/Mode "Pâtes à tous les repas" [ON]
Quatre journées qu'il trimait comme un dératé, tentant de nettoyer par tous les moyens possibles le souk interstellaire provoqué par sa dernière étourderie... Ça lui apprendrait à ne pas vider ses poches quand il en avait l'occasion : la menue monnaie qui trainait toujours au fond de celles-ci (et Lui Seul savait que la Bonne lui faisait la guerre sur le sujet! Ça abimait le céleste lave-linge merde!) avait lamentablement chuté partout sur la moquette, le tapis du salon, jusque dans les couloirs de Wall Street même! et avait fini par échouer répandue dans les "salles de marché", provoquant une Crise économique sans précédent sur Terre... Admirez les dégâts maintenant! On se retrouvait avec un taux de chômage qui montait en flèche, des exportations en berne, les subprimes qui foutaient le camp en même temps que les investisseurs sur leur île paradisiaque, bien à l'abri des "troubles sociaux" à venir.. Sans parler des cours en bourse qui s'effondraient les uns après les autres, les "marchés" n'étaient encore une fois pas contents (oui mais là, y-z-étaient vraiment, vraiment pas contents du tout)et le faisaient savoir bruyamment : RI-GUEUR O-BLI-GA-TOIRE on vous dit, sinon gare à vos miches!
Mon Moi-même, mais mon Moi-même (essayez de faire dire Mon Dieu à lui-même hein? jvoudrais bien vous y voir), mais que faire? comment réparer? Vite, du concept, une occupation, un brainstorming cosmique que sais-je! Vint-huit dixièmes de nanosecondes plus tard, la solution germe dans Son Esprit Pur et Omniscient : si je leur donnais un objectif qui les tiendra en haleine, disons...jusqu'à la fin des temps, ou pas loin?
Et Il leur donna la croissance.
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Pandit avait marché 3 lunes durant.
Il avait atteint cette région où le soleil ne brillait plus; les arbres, le sol, les bâtiments, les Hommes, tout était noir ici. Un noir de suie, une poussière fine et continuellement produite par ces énormes cheminées qu'ils appelaient "usines", se déposait partout. En infimes quantités, invisibles directement à l’œil nu, par petites touches déposées ça et là, un genre de tableau fantasque peint par quelque divinité folle à lier se déployait sous les yeux du vieux sage.
Ce noir absorbait les couleurs, la lumière, la vie aussi. Il engloutissait tout sur son passage, gommait toute velléité de résistance, de vitalité, de joie. Il se mêlait alors au bruit assourdissant des machines, à l'odeur âcre des fumées, à l'atmosphère épouvantable qui régnait en ces lieux pour ne plus faire qu'un avec tout. Elle se reflétait partout, cette bouillie de mort, une fois digérée par les choses et les individus, elle transpirait sur les visages, dans les yeux et apparaissait au fond des cœurs. Le mouvement perpétuel de la foule des anonymes, pressés, fermés, insensibles, perdus dans leurs pensées, illustrait cet état de fait : les Gens, ici, courraient tout le temps. Mais vers quoi?
Pandit était bien incapable de répondre à cette question... --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Pandit, assis sur son banc de bois, regardait ce jeune mendiant faire les poubelles.
Un vieux journal, des sachets d'ordures éventrés, une manche de veste déchirée, le gars envoyait voltiger tout ce qui passait à sa portée; il picorait parfois de-ci, de-là quelque indéfinissable rebut (bout de ficelle? Trognon de pomme? un récepteur radio cassé?) et le plaçait dans le chariot à son coté après en avoir évalué, reniflé, observé l'utilité potentielle. Le gars était dans un sale état et malgré sa jeunesse, on sentait un abandon total des convenances les plus élémentaires. Il y avait bien longtemps qu'il ne pensait plus à grand chose à part survivre. Bien longtemps que sa raison l'avait quitté, un soir de juillet au fond d'une impasse sordide
une ptite piécette pour manger siouplait
Cet étrange manège faisait sourire Pandit : tout au bout de la rue il y avait la devanture d'un hôtel de luxe. Le portier voiturier était magnifique dans sa livrée noire impeccable, ses boutons de manchette dorés brillant comme de petits soleils à la douce lumière du matin. Il rajusta sa casquette de velours tandis qu'il s'avançait vers la voiture qui venait d'arriver. D'une main assurée par des années de pratique, il ouvrit la poignée de la Bentley tandis que de l'autre il déployait une ombrelle pour protéger l'arrivant d'on ne sait quoi... Du soleil, de la poussière? La dame qui sortit de la voiture n'en avait visiblement rien à fiche : d'immenses lunettes aux verres fumés la protégeaient du regard des autres, tandis que son chapeau à large bords s'occupait du soleil.
Élégamment vêtue, la mine rosée par le soleil, les thalassothérapies et la meilleure alimentation bio qui soit, elle en imposait à son entourage. Elle s'engouffra dans l'hôtel d'un pas pressé, sans un regard en arrière pour le groom qui se démenait avec ses bagages, le voiturier qui attrapait les clés de sa Bentley lancées au vol par son chauffeur, et le reste du monde.
Le jeune clochard avait attaqué le container suivant, sans même un regard en arrière pour les passants qui changeaient de trottoir avec une expression de dégoût et de peur -oui, de peur- mal dissimulées.
Ces deux-là -et tous les autres ici, en fait- étaient les deux faces de la même pièce, songea Pandit. En les observant avec ses vrais yeux, il pouvait en effet aisément discerner ce qui animait ces deux pauvres hères : la course à la croissance, le besoin d'amasser, de posséder, de compter... Car oui, les deux étaient de pauvres victimes de la "croissance".
Certes, celui qui dormait dans les ordures était, d'un point de vue pratique, certainement moins à l'aise et plus à plaindre que sa voisine qui se prélassait dans des draps de soie, un verre de champagne à la main et les pieds en éventail... Mais mais mais il ressortait tout de même que les maux qui affligeaient ces deux personnages, cette ville, et les sociétés dites "industrialisées" (c'est à dire la planète entière à de rares exceptions près) étaient similaires : la nécessité de participer au manège de la "croissance économique", que l'on en soit un des acteurs majeurs par ses revenus très élevés ou, au contraire, qu'on en soit complètement à la remorque, par besoin de survie.
La course perpétuelle, résultat de la propension quasi génétique qu'avaient les hommes de tout horizon de conquérir, posséder, dominer, amasser, accumuler, s'accaparer, jalouser, envier...
je suis au fond à droite
Pandit se remémora le temps de sa jeunesse en tant qu'humain "normal", sur les rives du Gange : il n'avait effectivement pas connu l'opulence, mais il avait bien participé au manège, lui aussi, avant de trouver la Voie, et de s'y engager corps et âme. Lui aussi, il avait cherché à rentrer dans ce moule parce que tout le monde faisait pareil, et de toutes façons à quoi bon chercher ailleurs? Le bonheur n'était-il pas là-dedans, dans le fait de mener sa vie tranquillement, entouré de ce que l'on avait pu acquérir, et des siens, en travaillant "honnêtement", en "bon père de famille" ou en "bonne épouse", voire "en bon citoyen"? Pourquoi s'ennuyer avec ces détails, pourquoi toujours critiquer et vouloir plus?
Pandit avait rapidement répondu à cette question : cette façon de vivre aurait pu éventuellement fonctionner, si la planète qui hébergeait les Humains était six fois plus grosse. Si elle pouvait supporter ce mode de vie qui consistait à tout polluer, à tout s'accaparer, à tout vouloir maîtriser au motif que la "croissance" était nécessairement, infinie par essence...mais qu'elle prenait place dans un monde avec des frontières, limité et fragile! Cherchez l'erreur?
Ce qui faisait sourire Pandit se reproduisait à chaque fois ; ces Hommes étaient vraiment rigolos, ils vivaient en perpétuelle contradiction et feignaient de ne pas s'en rendre compte, jugez plutôt : quand la gêne intérieure qu'ils ressentaient était trop forte, par rapport à un sujet d'actualité dit "préoccupant", ils inventaient de nouveaux concepts, de nouvelles expressions censés venir à bout des "problèmes".
les racailles sont d'accord : c'est juste une histoire de réputation
On avait ainsi clairement remarqué que cette croissance générait de sérieux problèmes, intrinsèquement liés à sa nature : expansion infinie égalait pollution infinie? Vite, un petit coup de "développement durable", et hop, le tout était joué! Le fait que ces deux termes soient clairement opposés semblait véritablement ne préoccuper que très peu de monde, cela anesthésiait plutôt le cerveau de la majorité des gens, Pandit en était convaincu, la preuve en était que tout le monde se mettait à cette nouvelle "mode" en estimant que c'était non seulement possible, mais aussi forcément indispensable...
j'en propose une autre : "pollution verte"
Un autre exemple? Le commerce, au sens que donnaient les Hommes à ce mot, n'était-il pas forcément une relation de pouvoir, avec un déséquilibre entre les parties? Que ce déséquilibre soit trop prononcé, et il en devenait forcément gênant pour la psyché malade de pas mal de citoyens. Alors vite, vite, un autre concept : "Commerce équitable". Un peu de vert dans le logo (toujours, c'est plus vendeur), une bonne dose d'inconscience justificatrice -le but étant toujours le même, in fine, déculpabiliser le consommateur occidental aisé qui s'est rendu compte qu'il profitait de produits fabriqués à bas prix par des travailleurs exploités- et de "communication" (une autre de ces plaies évoquées par Pandit dans une précédente réflexion hihi) et le tour était joué.
Le pire, et Pandit le savait fort bien, c'est que tout ceci ne pouvait pas s'arrêter : la conclusion inévitable de tout cela, c'était le coup de gomme nécessaire qui était en train de s'opérer en ce moment sous leurs yeux. Une bonne "Crise" à base de désespoir, de peur, de rapacité non partagée (comprenez : certains en avaient toujours plus que d'autres et ne lâcheraient jamais rien, sauf contraints et forcés..et encore) et le terrain était bien préparé pour la suite.
République jetable
La suite? Pandit le voyait de son banc-même : les gens avaient peur les uns des autres, ils devenaient anxieux, intolérants et extrémistes. Sur les murs, fleurissaient les affiches d'un candidat à l'élection qui "grimpait" vertigineusement dans les sondages...il promettait de "remettre en marche par tous les moyens" le moteur cassé de la machine infernale...
Pandit l'avait aperçu, quelques semaines plus tôt, dans la ville voisine : les gens l'adulaient. Il était propre sur lui, bien sous tous rapports, et dénonçait d'une voix indignée les boucs émissaires, les responsables de tous ces maux modernes qu'étaient le chômage, la croissance "en berne", la "Crise". A chaque meeting, il faisait un triomphe. Il promettait le retour de l'ordre, de la fermeté face aux "ennemis étrangers". Il promettait de l'emploi à ceux qui en étaient privés, à cause selon lui de "responsables" clairement identifiés. Il satisfaisait ainsi la rancœur du clochard comme celle de la milliardaire...
Il gagnerait ces élections bientôt, assurément. Et les choses alors changeraient : Pandit le savait, à la minute où il avait vu cet homme-là, il avait su.
Derrière son sourire, derrière ses beaux discours, son âme était noire comme la suie de cette ville.