vendredi 30 septembre 2011

...Éphémères...

Mode Plainte/victime [ON]

Blogue pas trop en ce moment...en fait, quand je regarde mon compteur de messages, il est aussi plein que mon compte en banque pour le mois de septembre... BON.

Mode victime/plainte [OFF]

Ça ne veut pas dire que je vais arrêter le "bloggage"..en fait je crois que je n'ai jamais vraiment commencé. Je suis, comme qui dirait, trop capricieux et si peu régulier pour rentrer dans les canons de ce milieu. On va dire que chaque blogueur l'est, forcément, mais moi un peu plus..façon de me targuer d'être différent alors que je rentre forcément dans l'un ou l'autre moule, non? Quoiqu'il en soit, en couchant mes pensées et délires par ici, à quoi m'attendais-je vraiment?

Alors tout seul j'vous raconte pas..
Pourtant, j'ai commencé par quatre fois un billet, ces dernières semaines : ça vient pas, ça veut pas, ça bloque, suis pas content de moi. C'est pénible quoi! Du coup je passe à autre chose : musique, ballades forcenées dans les montagnes, que sais-je méditation aux sommets...tout ce qui peut me faire oublier que parfois, j'aimerais que rien ne s'arrête, que tout continue vraiment....alors que je sais pertinemment, au fond de moi, que TOUT, absolument tout est impermanent. Rien n'est fait pour durer, ne serait-ce que la situation la plus merveilleuse, comme la plus merdique. Une seule chose est éternelle : l'énergie de la vie, l'étincelle divine, appelez ça comme vous voulez, mais ce qui nous anime et qui fait le job, le reste n'est que du vent.

Alors forcément, quand j'ai commencé à vraiment réaliser ça (en fait je l'ai vraiment réalisé le jour ou je l'ai vécu, une fois de plus, une fois de trop...), là une dernière fois je me suis dit : ça suffit je ne souffrirai plus, c'est fini!

Alors...je parle de moi, de ma petite personne, mais au fond cette réflexion s'applique à tout ce que nous vivons! Et actuellement, on peut dire qu'il y a matière à voir cette vacuité partout, à la constater, et finalement à l'accepter...on va, pour finir, affirmer que ça nous évitera non seulement de morfler un peu trop mais éventuellement, de rebondir. Et d'aller au-delà. Car qu'en est-il du reste?

Libéral d’extrême-gauche
La domination économique occidentale, le modèle capitalistico-libéral : en cours d'effondrement. Et ceux qui croient, qui nous serinent à longueur de médias que "les marchés ont besoin d'être rassurés", que "la croissance doit être forte", ne ressemblent-ils pas à ces musiciens sur le pont du Titanic?..Ils jouent de plus en plus fort, au fur et à mesure que les craquements se font de plus en plus entendre, sinistres et sans équivoque, et que l'eau leur touche les pieds, qu'elle grimpe jusqu'à leurs genoux et mouille leur queue-de-pie, ils persistent et jouent de plus en plus gai...ahaha. Tout ceci pour quoi, au final? Plouf!

Nos certitudes, notre petit confort, nos habitudes de nantis (comprenez = par rapport aux 4/5èmes restants de l'Humanité qui crèvent un petit peu la dalle en ce moment) liées à cette "économie", à ce "modèle" : elles suivront le même chemin. En fait, elles sont en train : nous constatons, chaque jour un peu plus, l'effacement des privilèges et autres acquis sociaux, le gommage de nos si chéries "Libertés" durement acquises grâce au sang de nos Anciens... Le grignotage du si gros fromage, par les petites dents pointues du satané bestiau de rat libéral. Sécurité sociale, Services Publics, Education, Démocratie et représentation populaire grâce aux élections... Liberté d'expression, de ton, de parole...pouvoir d'achat, pouvoir de consommer, pour qui, pour quoi faire? Également tout ceci suit aussi le même chemin : à la flotte, dans les bas-fonds! Faut-il s'en alarmer? Certes, oui, mais le constater c'est aussi admettre que tout n'est pas gravé dans le marbre, que l'Histoire suit des cycles, se répète inlassablement. Et que le changement fait partie de cet univers.

Moyen-age=>servitude=>Lumières=>Révolution=>Démocratie=>Crise=> Élections=>Émergence de totalitarismes=>Guerres=>30 Glorieuses=>Crise=>...

Si j'applique ce modèle aux sociétés humaines, je peux aussi l'appliquer plus loin : à la planète toute entière.

de la compétition en milieu entrepreneurial...
Extinction des espèces : il fut un temps ou des espèces dinosauresques parcoururent la surface de ce caillou; un beau jour, une petite météorite (oh, trois fois rien hein) qui passait par là décida de faire une pause-pipi dans la proche banlieue de l'écorce terrestre. Résultat : extinction totale de tous ces gros dinos qui se croyaient si 'achement balèzes que c'est nous les meilleurs, que on peut te courir après dans Jurassic Parc et te becqueter sans que tu le voies venir, et patati, et patata, et crac! On fait moins le malin, hein, avec une météorite sur la gueule? Hein?

Sans parler des crises écologico/climatologiques : combien de périodes glaciaires, de périodes de réchauffement où la vie a presque disparu, sans parler au tout début, genre quand la speakerine de la météo d'alors aurait pu le dire ainsi, si elle avait existé : "aujourd'hui lundi 10 Août -159 millions avant Jésus Christ, température au sol chaude et ensoleillée, climat agréable, minimales -350° la nuit, maximales 8200° à l'ombre au petit matin. Surtout n'oubliez pas vos lunettes.

On le voit, tout ceci est cyclique, jvous dis.

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« La vie, la santé, l'amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? » 

 

 J'en vois qui froncent les sourcils....

Martine, la copine à Laurence, bien sûr
Il est vrai que cette merveille tout droit sortie de la bouche de Laurence Parisot, amie bien connue des prolétaires et autres gagne-petit que nous sommes, à l'aune de ce que je viens de développer, sonne différemment. Alors là, avant que vous ne me traitiez tous de pourriture de libéral capitaliste vendu à l'ennemi, je voudrais juste dire, pour ma défense, Votre Honneur, que j'lai pas fait exprès! Qu'est ce que j'y peux moi, si la philosophie de Vie qui résonne en moi est reprise par une pouffiasse de patronne libérale Sarkozyste de droite? Hein? En fait si on regarde les mots, ceux-ci ont toujours un sens.
Précarité : ouh là, pas bon ça. Évocation immédiate de clochardisation, de pâtes alimentaires à tous les repas dès le 10 du mois, de galère systématique et d'angoisses au quotidien.

Remplacez ce mot par impermanence, vacuité, ou je sais pas moi, plus poétiquement par "éphémères"... Zavez vu que d'un coup ça passe vachement mieux?

Un amour éphémère, un travail éphémère, une situation éphémère, une vie, éphémères comme la goutte de rosée sur la toile d'araignée dans la campagne, au petit matin... Merde, que c'est beau : j'en chialerais presque. Le pire, c'est que c'est vrai : j'en chiale vraiment, je viens-presque- de donner raison à Laurence Parisot.


Comme quoi, même l'engagement le plus à Gauche qui soit peut aussi, inéluctablement, fatalement, irrésistiblement tendre vers l'éphémère...

lundi 12 septembre 2011

Les 7 Plaies de l'Occident - Verset 4

Verset Quatre

Et le Grand Architecte de l'Univers s'essuya le front, qu'il avait fort grand, d'un geste plein de nonchalance...mais qui n'en dénotait pas moins une certaine nervosité.

/Mode "Pâtes à tous les repas" [ON]
Quatre journées qu'il trimait comme un dératé, tentant de nettoyer par tous les moyens possibles le souk interstellaire provoqué par sa dernière étourderie... Ça lui apprendrait à ne pas vider ses poches quand il en avait l'occasion : la menue monnaie qui trainait toujours au fond de celles-ci (et Lui Seul savait que la Bonne lui faisait la guerre sur le sujet! Ça abimait le céleste lave-linge merde!) avait lamentablement chuté partout sur la moquette, le tapis du salon, jusque dans les couloirs de Wall Street même!  et avait fini par échouer répandue dans les "salles de marché", provoquant une Crise économique sans précédent sur Terre... 
 Admirez les dégâts maintenant! On se retrouvait avec un taux de chômage qui montait en flèche, des exportations en berne, les subprimes qui foutaient le camp en même temps que les investisseurs sur leur île paradisiaque, bien à l'abri des "troubles sociaux" à venir.. Sans parler des cours en bourse qui s'effondraient les uns après les autres, les "marchés" n'étaient encore une fois pas contents (oui mais là, y-z-étaient vraiment, vraiment pas contents du tout) et le faisaient savoir bruyamment : RI-GUEUR O-BLI-GA-TOIRE on vous dit, sinon gare à vos miches!

Mon Moi-même, mais mon Moi-même (essayez de faire dire Mon Dieu à lui-même hein? jvoudrais bien vous y voir), mais que faire? comment réparer? Vite, du concept, une occupation, un brainstorming cosmique que sais-je! Vint-huit dixièmes de nanosecondes plus tard, la solution germe dans Son Esprit Pur et Omniscient : si je leur donnais un objectif qui les tiendra en haleine, disons...jusqu'à la fin des temps, ou pas loin? 

Et Il leur donna la croissance.
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Pandit avait marché 3 lunes durant.

Il avait atteint cette région où le soleil ne brillait plus; les arbres, le sol, les bâtiments, les Hommes, tout était noir ici. Un noir de suie, une poussière fine et continuellement produite par ces énormes cheminées qu'ils appelaient "usines", se déposait partout. En infimes quantités, invisibles directement à l’œil nu, par petites touches déposées ça et là, un genre de tableau fantasque peint par quelque divinité folle à lier se déployait sous les yeux du vieux sage.

Ce noir absorbait les couleurs, la lumière, la vie aussi. Il engloutissait tout sur son passage, gommait toute velléité de résistance, de vitalité, de joie. Il se mêlait alors au bruit assourdissant des machines, à l'odeur âcre des fumées, à l'atmosphère épouvantable qui régnait en ces lieux pour ne plus faire qu'un avec tout.  Elle se reflétait partout, cette bouillie de mort, une fois digérée par les choses et les individus, elle transpirait sur les visages, dans les yeux et apparaissait au fond des cœurs. Le mouvement perpétuel de la foule des anonymes, pressés, fermés, insensibles, perdus dans leurs pensées, illustrait cet état de fait : les Gens, ici, courraient tout le temps. Mais vers quoi?

credits Eric Fiol © tous droits etc etc.

Pandit était bien incapable de répondre à cette question...
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 Pandit, assis sur son banc de bois, regardait ce jeune mendiant faire les poubelles.

Un vieux journal, des sachets d'ordures éventrés, une manche de veste déchirée, le gars envoyait voltiger tout ce qui passait à sa portée; il picorait parfois de-ci, de-là quelque indéfinissable rebut (bout de ficelle? Trognon de pomme? un récepteur radio cassé?) et le plaçait dans le chariot à son coté après en avoir évalué, reniflé, observé l'utilité potentielle. Le gars était dans un sale état et malgré sa jeunesse, on sentait un abandon total des convenances les plus élémentaires. Il y avait bien longtemps qu'il ne pensait plus à grand chose à part survivre. Bien longtemps que sa raison l'avait quitté, un soir de juillet au fond d'une impasse sordide

une ptite piécette pour manger siouplait
Cet étrange manège faisait sourire Pandit : tout au bout de la rue il y avait la devanture d'un hôtel de luxe. Le portier voiturier était magnifique dans sa livrée noire impeccable, ses boutons de manchette dorés brillant comme de petits soleils à la douce lumière du matin. Il rajusta sa casquette de velours tandis qu'il s'avançait vers la voiture qui venait d'arriver. D'une main assurée par des années de pratique, il ouvrit la poignée de la Bentley tandis que de l'autre il déployait une ombrelle pour protéger l'arrivant d'on ne sait quoi... Du soleil, de la poussière? La dame qui sortit de la voiture n'en avait visiblement rien à fiche : d'immenses lunettes aux verres fumés la protégeaient du regard des autres, tandis que son chapeau à large bords s'occupait du soleil.

Élégamment vêtue, la mine rosée par le soleil, les thalassothérapies et la meilleure alimentation bio qui soit, elle en imposait à son entourage. Elle s'engouffra dans l'hôtel d'un pas pressé, sans un regard en arrière pour le groom qui se démenait avec ses bagages, le voiturier qui attrapait les clés de sa Bentley lancées au vol par son chauffeur, et le reste du monde.

Le jeune clochard avait attaqué le container suivant, sans même un regard en arrière pour les passants qui changeaient de trottoir avec une expression de dégoût et de peur -oui, de peur- mal dissimulées.

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la Grande Comédie
Ces deux-là -et tous les autres ici, en fait- étaient les deux faces de la même pièce, songea Pandit. En les observant avec ses vrais yeux, il pouvait en effet aisément discerner ce qui animait ces deux pauvres hères : la course à la croissance, le besoin d'amasser, de posséder, de compter... Car oui, les deux étaient de pauvres victimes de la "croissance".
Certes, celui qui dormait dans les ordures était, d'un point de vue pratique, certainement moins à l'aise et plus à plaindre que sa voisine qui se prélassait dans des draps de soie, un verre de champagne à la main et les pieds en éventail... Mais mais mais il ressortait tout de même que les maux qui affligeaient ces deux personnages, cette ville, et les sociétés dites "industrialisées" (c'est à dire la planète entière à de rares exceptions près) étaient similaires : la nécessité de participer au manège de la "croissance économique", que l'on en soit un des acteurs majeurs par ses revenus très élevés ou, au contraire, qu'on en soit complètement à la remorque, par besoin de survie.

La course perpétuelle, résultat de la propension quasi génétique qu'avaient les hommes de tout horizon de conquérir, posséder, dominer, amasser, accumuler, s'accaparer, jalouser, envier...

je suis au fond à droite
Pandit se remémora le temps de sa jeunesse en tant qu'humain "normal", sur les rives du Gange : il n'avait effectivement pas connu l'opulence, mais il avait bien participé au manège, lui aussi, avant de trouver la Voie, et de s'y engager corps et âme. Lui aussi, il avait cherché à rentrer dans ce moule parce que tout le monde faisait pareil, et de toutes façons à quoi bon chercher ailleurs? Le bonheur n'était-il pas là-dedans, dans le fait de mener sa vie tranquillement, entouré de ce que l'on avait pu acquérir, et des siens, en travaillant "honnêtement", en "bon père de famille" ou en "bonne épouse", voire "en bon citoyen"? Pourquoi s'ennuyer avec ces détails, pourquoi toujours critiquer et vouloir plus?

Pandit avait rapidement répondu à cette question : cette façon de vivre aurait pu éventuellement fonctionner, si la planète qui hébergeait les Humains était six fois plus grosse. Si elle pouvait supporter ce mode de vie qui consistait à tout polluer, à tout s'accaparer, à tout vouloir maîtriser au motif que la "croissance" était nécessairement, infinie par essence...mais qu'elle prenait place dans un monde avec des frontières, limité et fragile! Cherchez l'erreur?

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Ce qui faisait sourire Pandit se reproduisait à chaque fois ; ces Hommes étaient vraiment rigolos, ils vivaient en perpétuelle contradiction et feignaient de ne pas s'en rendre compte, jugez plutôt : quand la gêne intérieure qu'ils ressentaient était trop forte, par rapport à un sujet d'actualité dit "préoccupant", ils inventaient de nouveaux concepts, de nouvelles expressions censés venir à bout des "problèmes".

les racailles sont d'accord : c'est juste une histoire de réputation
On avait ainsi clairement remarqué que cette croissance générait de sérieux problèmes, intrinsèquement liés à sa nature : expansion infinie égalait pollution infinie? Vite, un petit coup de "développement durable", et hop, le tout était joué! Le fait que ces deux termes soient clairement opposés semblait véritablement ne préoccuper que très peu de monde, cela anesthésiait plutôt le cerveau de la majorité des gens, Pandit en était convaincu, la preuve en était que tout le monde se mettait à cette nouvelle "mode" en estimant que c'était non seulement possible, mais aussi forcément indispensable...

j'en propose une autre : "pollution verte"
Un autre exemple? Le commerce, au sens que donnaient les Hommes à ce mot, n'était-il pas forcément une relation de pouvoir, avec un déséquilibre entre les parties? Que ce déséquilibre soit trop prononcé, et il en devenait forcément gênant pour la psyché malade de pas mal de citoyens. Alors vite, vite, un autre concept : "Commerce équitable". Un peu de vert dans le logo (toujours, c'est plus vendeur), une bonne dose d'inconscience justificatrice -le but étant toujours le même, in fine, déculpabiliser le consommateur occidental aisé qui s'est rendu compte qu'il profitait de produits fabriqués à bas prix par des travailleurs exploités- et de "communication" (une autre de ces plaies évoquées par Pandit dans une précédente réflexion hihi) et le tour était joué.

Le pire, et Pandit le savait fort bien, c'est que tout ceci ne pouvait pas s'arrêter : la conclusion inévitable de tout cela, c'était le coup de gomme nécessaire qui était en train de s'opérer en ce moment sous leurs yeux. Une bonne "Crise" à base de désespoir, de peur, de rapacité non partagée (comprenez : certains en avaient  toujours plus que d'autres et ne lâcheraient jamais rien, sauf contraints et forcés..et encore) et le terrain était bien préparé pour la suite.

République jetable
La suite? Pandit le voyait de son banc-même : les gens avaient peur les uns des autres, ils devenaient anxieux, intolérants et extrémistes. Sur les murs, fleurissaient les affiches d'un candidat à l'élection qui "grimpait" vertigineusement dans les sondages...il promettait de "remettre en marche par tous les moyens" le moteur cassé de la machine infernale...

Pandit l'avait aperçu, quelques semaines plus tôt, dans la ville voisine : les gens l'adulaient. Il était propre sur lui, bien sous tous rapports, et dénonçait d'une voix indignée les boucs émissaires, les responsables de tous ces maux modernes qu'étaient le chômage, la croissance "en berne", la "Crise". A chaque meeting, il faisait un triomphe. Il promettait le retour de l'ordre, de la fermeté face aux "ennemis étrangers". Il promettait de l'emploi à ceux qui en étaient privés, à cause selon lui de "responsables" clairement identifiés. Il satisfaisait ainsi la rancœur du clochard  comme celle de la milliardaire...

Il gagnerait ces élections bientôt, assurément. Et les choses alors changeraient : Pandit le savait, à la minute où il avait vu cet homme-là, il avait su.

Derrière son sourire, derrière ses beaux discours, son âme était noire comme la suie de cette ville.


lundi 15 août 2011

Fichage(s) de gueule(s) : la suite...

Selon Le Point : "Les quatre nuits d'émeutes en Grande-Bretagne ont choqué le monde. Les gangs seraient à l'origine de ces troubles, dixit le Premier ministre britannique. Aux yeux de David Cameron, ils sont les seuls responsables des récents actes de violence, de pillage et de vandalisme qui ont coûté la vie à cinq personnes. Tandis que les arrestations se multiplient, la lutte contre ces gangs constitue désormais la "priorité nationale" de Londres. Place à la "tolérance zéro" inspirée du modèle américain de lutte antigang mis en place à Boston, à Los Angeles et à New York."

La suite de ce torchon : ici pour ceux que ça intéresse (attention à ne pas dégueuler en lisant les commentaires en-dessous).

n'ai fait que danser. Fest noz. Promis. Juré. Craché. vomi.
Ben alors? Je rentre d'une semaine de beuveries collectives et de fiestas impromptues, sans télé ni radio ni rien pour me maintenir informé de l'actualité (ohh si, juste un bête iphone pour rester con-nec-té 3 fois rien quoi) pour me retrouver avec une crise en plein développement (genre on ne voyait rien venir), plus des émeutes au pays de sa très Gracieuse, mais néanmoins déclinante, Majesté (genre : on n'avait rien vu venir non plus)?

Mais on peut pas vous laisser tous seuls 5 minutes hein? Vous en profitez pour mettre le bordel? Sortir du bac à sable? Comment que je vais faire pour rabibocher tout ça?

Vite une ptite analyse à froid..

les émeutes auraient démarré après un énième foutage de g****e
Super article d'enfumage mainstream collectif qui résume bien la situation sous un seul angle, sans apporter la moindre argumentation et/ou piste de réflexion (pensez, faire réfléchir les moutons gens? Malheureux!); hélaaaas il y a LA phrase de fin qui fout en l'air tout le reste de l'article, comme ces petits sauvageons qui ont foutu en l'air les vitrines londoniennes : "Reste à savoir quand et comment le gouvernement mettra en place de telles mesures, dans un contexte de coupes budgétaires drastiques touchant la police et les services sociaux."

.... je me marre! aurait dit Coluche..

C'est bien le problème : ces émeutes n'arrivent pas par hasard. Ce qu'on a donné aux banques, les fameuses "garanties" qu'on balance à la bête vorace et perpétuellement affamée dénommée pudiquement "marchés" (et que j'appellerai juste "rapaces") il a bien fallu le retirer des poches de certains : allocations supprimées, frais d'inscription aux universités triplés, +1 million de chômeurs en l'espace d'un an en Grande-Bretagne... (oui vous avez bien lu).

Et il faut continuer à donner : la bestiole a toujours faim, elle en veut toujours plus...

15 ans et pas une ride...
Voilà où nous en sommes : encore une fois, ne pas faire le lien entre ces émeutes et la Crise financière généralisée que nous subissons tous est tout simplement inacceptable et, à mon sens, dénote un aveuglement coupable.

Les émeutes sont elles condamnables?  Certainement, nous sommes d'accord que la violence ne résoudra jamais rien...surtout la violence contre les individus et les biens des personnes... bien que concernant certaines institutions l'on puisse en discuter, quand on voit la violence policière et financière à l’œuvre contre les peuples en ce moment on est en droit de se poser des questions sur le COMMENT SE FAIRE ENTENDRE?...

Pour en revenir à la Grande-Bretagne et à sa nouvelle politique? Son nouveau gadget de "tolérance zéro", je citerai juste un exemple qui fera taire n'importe quel contradicteur : Nicolas Sarkozy et son "Karcher". Nous avons vu les résultats.Tout ceci n'est pas nouveau, si ce sont les seuls remèdes proposés alors là je dis bravo et banco : on ira encore plus vite dans le mur! Et en accélérant, vu les résultats passés ayons confiance dans l'avenir!

Sans parler des USA et de leurs prisons surpeuplées...le tout répressif et sécuritaire NE PEUT SUFFIRE SEUL. Il doit s'accompagner de mesures de redistribution, mais aussi de perspectives d'avenir, de propositions pour un projet de société commun : tout ceci ne serait que JUSTICE Sociale.

par pitié aidez-moi à choisir!!
J'ai bien dit "s'accompagner", ce qui veut dire que je n'exclus pas la punition... L'erreur de la Droite? Des libéraux? De ce Cameron comme des autres "dirigeants" (y compris la Gauche qui n'a de Gauche que le surnom...) et qui m'apparaissent tous de plus en plus incompétents, corrompus, lâches, inféodés à l'argent, à la finance, hypocrites, aveugles, sourds, muets et/ou impuissants [rayer la(les) mention(s) inutile(s)]? De juste supprimer le volet social, pour construire plus de prisons, poser plus de barbelés, mettre plus de caméras..et dans le même temps supprimer des postes de flics, de fonctionnaires, des Services Publics, les budgets sociaux..détruire le corps social, pour ne finalement finir par n'offrir plus aucune autre alternative,pour les andouilles nées dans ces quartiers "populaires", que celle d'aller pointer au Pôle Emploi du coin, de bosser au Mac Do pour des prunes ou plutôt d'aller dealer pour gagner 50 fois plus en 50 000 fois moins d'efforts... POURQUOI ne feraient-ils pas pareil que ce qu'ils voient à la TV, que ce qu'ils constatent dans tous les médias depuis des décennies : des banquiers, des traders, des BANKSTERS qui s'en mettent plein les poches en foutant des millions de gens sur le carreau, et sans être inquiétés?  

Le modèle est là, sous leurs yeux!

Et après ils iront s'étonner que les gangs recrutent, que la jeunesse part à la dérive, et que ça pète de partout!

Pour les emplois, pour la formation, pour les perspectives d'avenir, on verra plus tard : pas grave si les jeunes n'ont aucun horizon, ceux qui ne s'en sortiront pas en faisant du rap, en devenant star de foot ou de basket ehh bien...ils iront en taule!

TOUT CECI EST PITOYABLE DE MÉDIOCRITÉ.

Du coup, il a l'air de ne pas comprendre le malheureux Cameron, pitoyable1er ministre libéral (qui a dû, vous vous rendez compte, interrompre ses vacances en Toscane! Sacrilèège! à cause de tous ces pouilleux!), il tombe des nues que sa "politique" passe mal?

Il est bien le seul : moi, ça ne m'étonne pas. Et vous savez quoi? Je vais vous dire un petit secret : ça n'est que le début....
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PS : le festival en question était super, et les bretons ne le sont pas moins. Ça, je m'en doutais un peu (suivez mon regard) mais je tenais à le préciser; j'ai passé une semaine inoubliable!

lundi 8 août 2011

Fichage de gueule(s)

"Thierry Mariani veut un fichage intégral des allocataires sociaux."...

"Xavier Bertrand lui emboîte le pas et est complètement d'accord"..."il trouve cela normal".

Je me demande, à la lecture des actualités de ce dimanche (entre deux barbecues, j'avoue tout), quel est le ministre, dans ce gouvernement fantoche, qui joue le plus à nous prendre pour des billes...

Est-ce ce pseudo "ministre du travail", Xavier Bertrand, qui, après avoir affiché son incompétence crasse dans divers ministères et maroquins de tout poil (Santé, présidence de l'UMP, présidence de l'association des enfumeurs politiques, que sais-je), tente de nous faire croire qu'il s'est enfin mis au travail en plein été?

Ou bien, le "Ministre des Transports" ce cher Thierry Mariani, chantre de la "droite décomplexée", un énième Hortefeu en pire, adepte de la phrase douteuse, de la polémique merdique, bref, qui joue bien le chienchien à son pôpa Sarko, qui a dû lui susurrer à l'oreille, entre deux week-ends et trois séances de préparation à l'élection-accouchement, qu'il était temps d'essayer de détourner l'attention de la Crise et de tout le bordel ambiant, (y compris l'échec cuisant de ce gouvernement en matière économique, sociale, et aussi morale) en trouvant de nouveaux boucs émissaires?

Car ne nous leurrons pas : les fichiers des allocataires sociaux existent déjà. Travaillant dans le milieu, je les connais tous très bien : chaque organisme en a déjà un, (CAF, Assedic, CPAM...) , je ne peux vous en donner les noms car sous couvert du secret professionnel (ehhh vouais! et en ces temps de Crise...pas envie de perdre mon boulot! ). Mais je peux quand même en parler...

Et ce que je peux par contre vous dire d'intéressant, c'est que certains de ces fichiers sont croisés avec d'autres :  celui des impôts avec celui de la CAF, par exemple. Pratique, pour débusquer les fraudeurs...et on a pas attendu les moulinets de ces chers ministres pour mettre en place ces contrôles. Sans parler des autorités (police, gendarmerie..) qui viennent régulièrement, sous couvert de commission rogatoire signée par un juge, piocher des infos dans lesdits fichiers...et ce depuis des années. Je l'ai vu et ce à plusieurs reprises.

DONC ces ministres nous prennent, allez disons-le, pour des andouilles : comment argumenter le fait qu'il s'agit, avant tout, de débusquer les fraudeurs, alors que cela se fait déjà depuis des années?

Encore un os à ronger jeté aux médias : ça en devient pitoyable, à l'approche des élections, de les voir se débattre dans des postures ridicules et archaïques pour tenter de détourner l'attention des vrais problèmes.

Car les vrais problèmes ce sont : le chômage qui explose dans ce pays, ainsi que la précarité, ainsi que les faillites d'entreprises, et l'économie qui entre en récession, ainsi que les extrémismes qui montent....

Les vrais problèmes, ce sont ces ministres, ces députés, ces sénateurs qui font la sourde oreille et mènent grand train aux frais des contribuables que nous sommes, pendant que la classe moyenne, les jeunes et les moins jeunes en prennent plein la figure, sans arrêt. 25% de chômage chez les jeunes... 5 millions de chômeurs...15 millions de précaires, 8 millions de mal-logés dans ce beau pays...ça ce sont les vrais problèmes.

Les vrais problèmes, ce sont ce président incompétent qui gesticule, avec son gouvernement...qui brasse du vent et se paye le luxe de faire un gamin à l'approche des élections...coïncidence? Elle me fait froid dans le dos, cette "coïncidence". Ce président des riches qui refuse d'augmenter les minima sociaux, le Smic, sous couvert que "les caisses sont vides" et qui dans le même temps s'augmente de 170%, et qui se paye une flotte d'avions de ligne avec fours à pizza intégrés et cafetière à 25 000 euro, tout ça pour faire plus "classe" aux sommets du G20 et compagnie.... Coût total ? 276 millions d'euro pour le renouvellement de la flotte présidentielle. Total et..injustifié! Totalement injustifié!

Les vrais problèmes sont là...
Pas les quelques 5 à 10 pour cent de fraudeurs aux allocations estimés. Pas les petites gens qui vont encore galérer, à bouffer des nouilles quinze fois par mois, à ramer sans arrêt pour boucler les fins de mois..Pas les gens que ces chers Mariani, et consorts, vont encore désigner du doigt...

Avant de partir en vacances, luxe (totalement injustifié, me dirait mon banquier) que je me permets encore, je ne saurai trop vous conseiller, chers lecteurs, de ne pas vous laisser enfumer par ces "problèmes" qui n'en sont pas.Surtout, surtout à l'approche du deuxième pic de la crise systémique, pic qui risque de tout emporter.. Et qui est situé, selon les vrais experts, pas ceux qui passent sur TF1 ou France 2, non les vrais, ceux qui ne mentent pas (voir dans la blogroll sur le côté, mais au cas où je les recite : Paul Jorion, le Geab, Loic Abadie...cherchez sur Google et lisez!), pour très très bientôt. Dès cet automne.. peut être avant. Car le Dollar va chuter, et avec lui l'économie mondiale, et les temps vont être très durs.

Et le crime, c'est d'essayer d'endormir les gens, surtout quand on est au courant de ce qui se passe; au lieu de les préparer à ce qui va se passer, mentir et détourner l'attention, voilà ce qui restera dans les livres d'histoire des attitudes de ces piètres gouvernants. Une faillite, et des incapables.

Il y a un an, c'étaient les Roms... maintenant ce sont les "fraudeurs".

Demain, à qui le tour?

allez..une ptite note d'optimisme et d'Humain! Bonnes vacances à tous!

jeudi 28 juillet 2011

l'Adieu au Coucou

Cher Coucou,

j'ai appris ce soir que vous nous avez quittés.

Quelques mois après votre bien-aimée. Quelques mois après que nous nous soyons rencontrés "virtuellement".

J'ai en fait décidé de démarrer le "blogging" (Blogage? C'est comment qu'on dit?) en vous lisant, en lisant votre "Coucou de Claviers". C'est vraiment à la lecture de votre blog (suivi, de près, par ceux de Mike et Lucia) que j'ai décidé de "me lancer".

Enragé, j'étais alors. Vous m'avez même donné un coup de main lors de la publication de mon premier billet : grâce à vous, j'ai ramené mes premiers commentateurs...et mon égo a pu s'endormir ce soir-là relativement satisfait.

Vous étiez comme ça : honnête, sincère, engagé aussi, humoristique toujours, dans un univers où souvent, le classement Wikio prime sur pas mal de choses...

C'est en effet votre blog, sur lequel je suis tombé par hasard, qui m'a vraiment fait rebondir sur le sens de mon engagement : engagement de "type à Gauche", de "Gars de Gauche", mais aussi d"'écrivain".

Votre rectitude, votre sagesse -ou du moins celle que je percevais comme telle-, votre impartialité, votre sens de la mesure, et votre style inimitable m'auront marqué durablement. C'est d'ailleurs pour ça que je n'ai jamais pu me résoudre à vous tutoyer...

J'aurais aimé vous rencontrer "en vrai" : ça restera un de mes regrets, vous n'habitiez pas très loin de chez moi, et je me disais, confiant, qu'on avait le temps...on ne sait jamais tout, en fin de compte non? C'est ce qui fait que la vie est ce qu'elle est : belle, imprévisible et parfois cruelle.

Vous m'avez donné plusieurs leçons, mais je n'en retiendrai, parmi celles-ci, qu'une seule : l'honnêteté n'empêche pas le respect. La conviction n'empêche pas de rêver. La sagesse ne doit jamais se départir de la gentillesse.

Je salue ici le blogueur, l'intellectuel, le progressiste, l'écrivain... l'Humain.

Hommage à vous : où que vous soyez, je sais que vous êtes bien, désormais.

Vous me manquerez...égoïstement.
Vous manquerez à beaucoup... assurément.

jeudi 21 juillet 2011

Jeudi noir

Le jeudi a toujours été une journée pourrie, chez moi.

Aussi longtemps que je me souvienne, que je remonte dans le temps et les souvenirs… 

Ça semble avoir commencé dès la maternelle d’ailleurs : qui dit jeudi, dit journée de merde. Forcément, obligatoirement, ça doit être inscrit quelque part. Peut être dans mon ADN, allez savoir, ou alors sur l’ardoise de ma vie, celle qu’on appelle Destinée, qui est mise à jour en permanence par quelque dieu aveugle et rigolard, ou une quelconque pétasse Déesse/Muse/Parque Grecque se gaussant de mes pathétiques efforts pour essayer de surnager, chaque foutu put*in de jeudi que je vis, au milieu de ce chaos ambiant qui referme systématiquement ses mâchoires sur mes roustons, depuis des années ? Tel un grand requin blanc à la dèche depuis trois mois, le jeudi me court après, moi le naufragé de la semaine…

A chaque fois, je me crois intouchable, sur mon foutu trois-mâts (le bien nommé Mercredi) je navigue avec confiance, je bombe le torse, rien ne peut m’atteindre, je suis le Roi, le Capitaine, le seul Maître à bord de ma destinée. Les jours se suivent et ne se ressemblent pas : vendredi, samedi, dimanche…je navigue par fort vent, de face ou de travers, hisse la voile matelot : on s’en tape, on avance, et à fond ! lundi, mardi, mercredi…des pirates ? des gredins ? Amenez les canons, hissez nos couleurs, cette bande de vauriens va voir de quel bois je me chauffe ! Rien ne semble pouvoir arrêter ma course, sauf qu’à chaque fois, le mercredi soir, j’aperçois ces nuages, à l’horizon…

Et là, je me dis :
-« oh shit, darling, je crois que demain, c’est jeudi… »

jsuis comme un'boul'de flipper..qui roul'
Et ça ne rate pas : le vent se renforce subitement, les nuages obscurcissent brusquement le soleil. En deux temps trois mouvements, la mer se démonte tel une étagère Ikea bas de gamme. Ensuite, c’est lame de fond, creux de quinze mètres, tsunami, grain blanc, typhon ou tornade (ou tout en même temps), au choix, et mon  gigantesque et naguère fier voilier se transforme en vulgaire coque de noix : les paquets d’eau de mer lessivent le pont, ça gîte à tribord, ça ne tangue plus ça fait juste des tonneaux comme une vulgaire 2CV qui aurait raté un virage dans le Tourmalet ; sur ce, la barre devient incontrôlable, en général c’est à ce moment-là que le grand mât choisit de se faire la malle dans un craquement sinistre, juste après c’est les moussaillons qui se jettent tous par-dessus bord en embarquant les derniers gilets de sauvetage, sans parler de tous les autres rats qui quittent le navire dans un bel ensemble, forcément les paquets d'eau de mer au bout d'un moment c'est gonflant, ça gîte aussi  à bâbord désormais, puis la barre décide à son tour de ne plus faire équipe avec moi et m'échappe totalement, au final je me retrouve seul, comme une andouille, à regarder les récifs se rapprocher à toute vitesse du bateau…ou l’inverse, sais plus.

Non, vraiment, mener sa barque le jeudi, c’est mission impossible.

Bref retour en arrière…

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-« aga, agaaah, aGUEUUUhhhhh ZE VEuu ALLER O SSINEMA!!»

-« Mais non Christophe, il faut que tu AR-TI-CU-LES. C’est pas parce que tu n’as que sept ans que tu dois faire le zouave, tu comprends ? Et tiens-toi droit ! Quand on est dans un lieu public, on se tient COR-REC-TE-MENT, compris ?  Ahhh, mais tu m’éneeerves, c’est pas possib’ ça…»

PIF ! fait la giflette, cinglante sur la ptite tête du minot remuant qui subitement se tient coi, reniflant l’énième injustice…

-«comme ça tu te tiendras peut-être tranquille, à la fin? »

L’institutrice tire le gamin avec une force quasi surnaturelle, comme si elle voulait lui allonger le bras, ou mieux le lui décoller du reste du corps, voire pourquoi pas l’accrocher au sommet du réverbère comme un vieux chiffon dégoûtant…

-« agaahhH, agh-OOUYIIUIINNNNNN ZE veEux alléEEE au ciiinéEééMMMAAAAAA !!!! »

pour certains c'est le stade, moi c'était le cinoche
le minot hurle, se débat brièvement, puis se relâche subitement, complètement ; il demeure ainsi, limite inerte, traîné sur plusieurs mètres, la tête désespérément tournée vers l’affiche lumineuse, accrochée en hauteur, qui semble le narguer… Devant l’entrée du cinéma qu’ils viennent de dépasser à toute allure, des queues sont déjà formées, jeunes et moins jeunes se pressent, impatients d’obtenir un ticket pour le dernier film de…

-« Mais voyons, tu sais très bien qu’aujourd’hui, nous sommes JEUDI, et le JEUDI, c’est ton rendez-vous chez le Docteur, tu le sais, n’est-ce pas ? »

Le ton se veut mielleux, conciliant à l’extrême, empreint de fausse joie non dissimulée : cette idiote sait par avance que je ne m’en laisserai pas compter, on ne me la fait pas à moi, je sais déjà discerner une fausse intonation d’une vraie intention. Et celle-là me fait les deux, en ce moment. Qu’importe ! Je VEUX aller voir le dernier…

-« Allez, allez, remue-toi un peu ! Sinon je te mets une fessée, tu as compris ? Ne m’obliges pas à en arriver à cette extrémité… »

Mais qu’est-ce qu’elle me fait mal, cette conne ! Non mais vous vous rendez compte ? C’est pas tellement mon bras –qu’elle semble avoir pris pour un élastique depuis ce matin- que la personnification de l’injustice la plus crasse qu’elle représente : pour quelle raison elle ne me laisse pas aller au cinéma, je vous le demande ? Pour un rendez-vous de pacotille –notez que, bien que ne connaissant pas ce mot à l’époque, c’est exactement celui que j’aurais employé si j’avais pu m’exprimer intelligiblement.
doctor communis vulgaris
  Mais qu’est ce qu’on s’en fiche, de ce docteur, on sait très bien qu’il va faire comme à chaque fois :  le même constat, c’est couru d’avance, je le vois d’ici avec son air pincé et son costume rayé qui fait sérieux, bien calé dans son bureau, avec ses bibliothèques en bois précieux remplies d’ouvrages ésotériques (planches d’anatomie, traités de médecine anciens, gros volumes encyclopédiques sur les médicaments..), bien protégés derrière leurs vitrages reflétant soigneusement la lumière, et lui qui trône au fond de son fauteuil en cuir hors de prix, c’est sûr, tout ça en jette ! A chaque fois c'est la même chose, ce gars se la pète grave, et l'autre là, qui fait rien qu'à le dévorer des yeux, qui se rapetisse, et qui lui donne du "môôôsieur le docteur" par-ci, du "professeur" par-là, en veux-tu en voilà, et tout ça me débecte, du haut de mes sept ans je sais que tout ça n'est que vaste hypocrisie, mais que puis-je y faire, car je réalise déjà, à cette époque, que tout ceci n'est qu'une vaste farce dont je ne suis qu'un des acteurs. 

comme un arracheur de dents
Je suis victime, malgré moi, de ce monde, de ce système qui joue la comédie : le "Docteur" va annoncer d'une voix grave et empreinte de sérénité professorale que je ne suis toujours pas guéri, que mes bronches, mes sinus sont toujours dans un état pitoyable, que je suis malade, faible, chétif, et, dieu merci, voué à une existence pas des plus réjouissantes : contrôles et explorations futures nécessaires. Cures, éloignements des grandes villes et de la pollution, régime adapté...

-"dis, quand c'est que je pourrai aller voir le dernier..-"
-"TAIS-TOI QUAND LE DOCTEUR PARLE, INSOLENT!" 

Le ton est cinglant, les yeux rageurs, la menace palpable dans la voix, je sais que je n'y échapperai pas, cet affront va se payer au centuple...

-"Excusez-le Docteur, il est tout obnubilé par ce dernier film, vous savez ce tas d'inepties..."
-"oh mais ça n'est pas grave, à son âge j'avais bien le besoin de rêver aussi, je comprends..."
-"oui, mais cet enfant est gâté pourri, d'abord les maquettes, ensuite les peluches du film, et maintenant la séance de cinéma! On ne s'en sortira pas! Dites-moi, combien je vous dois?"

A nouveau ce ton mielleux. La capacité qu'a cette femme créature à changer d'intonation selon les circonstances m'estomaquera toujours.

-"Oh, ça fera 100 francs, s'il vous plaît"
-"cent francs, voilà, bien..je vous fais un chèque, ça ne vous dérange pas, comme d'habitude?"
-"non, bien sur, pas de problème."
-"et nous sommes le? "
-"20. Jeudi 20 octobre."
-ahh. Jeudi. Bien sûr. Jeudi. Voilà."

-"Mère? C'est ça! J'ai retrouvé! Ca y est!! Le Retour du Jedi! C'est le film!"

-"TAIS-TOI!"




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Il fait un temps de chien ce matin... bloqué dans les bouchons -merci le gars qui a eu la bonne idée d'avoir un accident, comme une fois sur 5 par semaine dans le coin- je regarde le ciel... La musique à fond les ballons dans l'autoradio, je fais quelques vocalises sur un bon vieux morceau de ZZ Top.

"-ioouuuuuhouhouhou, caineteuhhhh stOp Ze bloouuuse! Ioouuuuuhouhouhou, no no no!"


et au bout du tunnel je vis une lumière...
 Pare-chocs contre pare-chocs, on avance à pas de fourmis jusqu'à la passerelle; au-delà c'est le chaos, le vide total, le noir intersidéral seulement peuplé d'une multitude d'étoiles rouges, isolées, comme autant de feux arrière dans les fumées et l'humidité de la ville sous l'orage. J'en ai mal aux mollets à force d'embrayer, de débrayer, de ronger mon frein sous la pédale d'accélérateur...

Brusquement la voiture gîte à droite, mince qu'est-ce qui se pass*  *pschhhhhhhhh*

Je me gare sur le bas côté, au milieu des coups de klaxon et des regards rageurs de tous ces inconnus qui, par milliers se rendent avec empressement vers un lieu qu'ils détestent plus que tout...ce boulot qu'ils ont tellement de chance de posséder...Au dehors, le tonnerre tonne, la pluie boueuse salit tout, les éclairs illuminent les tours grisâtres de la ville... grisâtres et tristes, comme les cœurs de ces milliers de galériens modernes qui rament vers on ne sait quelle funeste destination.

Je remonte le col de mon caban avant de me précipiter dehors : je ne peux éviter les bourrasques, encore moins les projections de pluie que mes compagnons de purgatoire anonymes balancent à toute volée en passant à côté de moi, j'en suis sûr avec beaucoup de regret toutefois..

Ce put**n de pneu avant droit est plus qu'à plat : on dirait mon compte en banque le vingt du mois.

Un clou de charpentier -mais bordel, qu'est-ce qu'un clou de charpentier de dix centimètres de long fout là, au beau milieu du périph, à 7 plombes du mat'??- est nonchalamment planté dans ce qui reste de ma roue : au premier regard, je constate que c'est tout le pneu qu'il faudra changer, j'ai roulé sur le merdier un peu trop longtemps, et de vilaines griffures traversent le caoutchouc ; elles dessinent comme des zébrures dans l'acier de la jante..."c'est beau, regarde comme ça brille au milieu de tout ça!" me surprend-je à penser fugitivement. Manquerait plus que je déraille : mais qu'est-ce qui m'arrive? Bon dieu, reprends-toi pauvre couillon! Tu vas arriver en retard, et t'es au beau milieu de nulle part!

ben quoi, rhino, éléphants, c'est à peu près pareil non?
Voyons voir..où est-ce que j'ai foutu cette merde de démonte-pneu? Je rabats le coffre, ce qui m'offre une protection bienvenue, quoique très relative, contre les éléments déchaînés -au premier chef desquels les automobilistes qui continuent de déboîter avec la grâce d'un rhinocéros en train de sodomiser la fée clochette (si, si, c'est possible, il faut juste que vous visualisiez).

Tout en essuyant péniblement les rigoles de flotte boueuse qui se fraient un passage de ma nuque jusqu'au milieu de mon dos, via le col de ma chemise, vers une destination plus qu'inavouable en ces colonnes (selon la toute bête loi dite "de la gravité") je sors la "boîte de secours" de son logement dans le coffre : bien pensé le coup du logement de secours me dis-je avec une pointe de satisfaction. Pour une fois que ces cons d'ingénieurs de chez Renault conçoivent quelque chose de pratique!

Pratique bien sûr, sauf quand ledit compartiment est recouvert par un monceau de cartes routières, de vieux pulls et autres saloperies accumulés au gré de mes errances : conjugué à ma fébrilité et à l'action du mistral (qui, les bons jours, souffle au minimum à 290 km/h sur "notre Belleuh Cité Phocéhènneuh" donc aujourd'hui jour de tempête jvous raconte même pas), l'ouverture soudaine du coffre fait aspiration...le merdier s'envole dans tous les sens.

Je prends une carte de la Corse au 1:500 000e en pleine poire, tandis que le seau de plastique renfermant diverses délicatesses d'un autre âge (bouteille de lave-vitres à moitié pleine, sacs plastiques "verts" estampillés Carrefour-je-positive-pour-la-planète-que-je-contribue-à-empoisonner-gaiement-comme-le-bobo-que-je-suis, canettes de Red Bull vides, paquet de capotes plein, chiffon graisseux, bouchon d'huile de vidange, etc etc), le foutu seau plastique plein à ras-bord disai-je, ô miracle des miracles, ô merveille de la loi de Gravité inversée (la Loi de Moore quoi), s'envole avec grâce et volupté sur quelques centimètres pour retomber, que dis-je atterrir amerrir sur mon pied gauche, tel un gros pavé dans la mare, avec un drôle de bruit assez mat -genre "poc!". Non, "poc-craaac! "en fait.

j'aurais préféré..Dieu ne m'a pas accordé cette joie
Sous le coup de la surprise et de la douleur mêlés (le "craaac" symbolisant très sommairement la rupture des relations tendineuses entre ma cheville et ma malléole externe), je lache promptement la "malette de secours" qui aussitôt en profite pour se faire embarquer par le 728ème carosse me doublant dans un coup de klaxon furieux, mais elle n'ira pas loin, la perverse, remarquez comme la nature est bien faite : elle se fait littéralement ex-plo-ser par ledit véhicule, en une myriade de morceaux (clé anglaise par-ci, bombe anti-crevaison par là, clé ôte-écrous de sécurité par là-bas, manuel d'instructions détaillées ailleurs...) vite engloutis par les flaques de boue, les pneus des automobilistes adverses continuant leur travail de rhinocéros sodomites, écrasant menu, labourant ma petite boîte-fée-clochette (snif), douchant férocement tous mes espoirs de réparer ce foutu pneumatique...

Ô Maître, j'adhère totalement(ceux qui comprennent pas tant pis)
Ah, j'oubliais aussi : me suis pété également le coccyx en retombant comme une loque sur le cul, dans un beau triple salto arrière combiné à un double flip inversé sur rotation de l'axe médian. En gros me suis mangé la tronche sévère sur le bitume. Faut dire qu'en me retournant, un pathétique réflexe issu des couches archaïques de mon cortex préfrontal m'a fait essayer de rattraper cte maudite mallette. Et en reculant j'ai glissé sur l'exemplaire de "L'évènement du Jeudi" qui venait de s'étaler nonchalamment par là, telle une mouette crevée, dans un gracieux vol plané de l'intérieur de mon seau à conneries jusque sous mes pieds. La Loi de Moore, jvous dis.

Faut dire que j'ai toujours aimé les vieilles revues, peux pas m'en empêcher, peux pas les jeter. Du coup je les conserve, pour les lire aux chiottes, ou au camping, entre deux barbecues. Vous savez, en maillot une pièce, coffre ouvert, entre la triplette et le pastis, à l'ombre des pins et au chant des cigâââleuhs? Vous voyez le tableau?

Summer of.... Loooooove

Je suis un vrai sentimental.

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On est jeudi ce soir... exactement le 1885ème foutu jeudi de mon existence (faites pas ch.., j'ai fait le calcul.)

Tout ça pour dire qu'avec un peu de malchance, si je reste dans la moyenne Française, étant à peu près à la moitié de cette misérable existence, il m'en reste à peu près autant à vivre jusqu'à la Fin Libératrice...

1885 jours de galère.

1885 bonnes raisons de voir la vie en noir.

1885 réveils du mauvais pied, 1885 engueulades avec la conne de vieille au supermarché qui te passe devant en faisant semblant de ne pas t'avoir vu; 1885 médius levés bien haut à l'imbécile qui te fait une queue de poisson sur l'autoroute. 1885 fois que ta petite amie (quand tu en as une) t'envoie balader parce que tu la saoules, chéri pas le jeudi j'ai mon cycle. 1885 journées sous la pluie avec un pneu à changer, et 1885 jours de découvert à la banque, donc 1885 fois des agios.

1885 fois le gros orteil que tu te cognes dans le chambranle de la porte, alors que tu te réveilles à peine -et que tu es en retard, bien sûr, pour cause de 1885ème panne d'oreiller...et 1885 fois où tu pisseras sur ledit orteil, passque t'es mal réveillé, et que tu ne penses qu'à une chose : rien.

1885 remarques désobligeantes au boulot, 1885 fois à regarder par la fenêtre, et à se dire : "mais qu'est ce que j'ai fait pour mériter ça aujourd'hui?"

1885 fois des hémorroïdes.

1885 fois à la selle















1885 journées de merde.



vendredi 15 juillet 2011

Alternative 2 - Nouveau Monde



Lillie dévalait l'allée en courant sur ses petites quilles plus que maigrelettes, hurlant à pleins poumons...

-"Il est lààààà!!! Il est iciiii!!!!! Veeeeneeez, venez tooous, vite, viiite vitee!!"

Plus qu'essoufflée, hors d'elle, la gamine de sept ans (et demiii!) évita de justesse Hérisson qui se traînait au milieu des décombres de la Décharge, tentant comme à sont habitude de récupérer quelque débris de l'Ancien Monde, histoire de "remettre en état", comme il disait, cet Artefact récupéré la veille....

-"Hola petite! arrête-toi, tu vas encore glisser et te faire mal, et on n'a presque plus de chatterton, la dernière fois c'était encore pour toi, tu t'en souviens? Calme-toi, y a pas le feu!"

-"Laisse-moi passer, mais tu me gênes! Je te dis qu'il est revenu, il est icii!" fit-elle à nouveau, de sa voix plus qu'haut perchée, véritable stridence qui couvrait même le bruit des grillons du champ voisin.

-"Ahh, tu n'écoutes rien, tu m'énerves..."
La petite excitée disparut au pied de la colline artificielle, dans un nuage de poussière et de graviers.

Hérisson s'était écarté à temps, laissant choir dans sa besace ce petit assemblage de métal qu'il venait de trouver, juste à temps pour éviter que Lillie ne le heurte et le fasse tomber, lui et sa prise. Cette petite sotte aux genoux perpétuellement écorchés ne faisait vraiment attention à rien!

La Décharge était jonchée de débris en tous genres, datant d'avant la Chute, plus personne ne savait depuis quand, au juste. Et, au fond à part lui, qui s'en souciait?


Un reflet métallique attira son attention, au milieu d'un monceau de carcasses rouillées-il s'en saisit et le regarda plus attentivement : on aurait dit une espèce container en métal, d'aspect sombre, long d'une vingtaine de centimètres. A sa surface, des caractères dans l'Alphabet Ancien, des symboles triangulaires de couleur jaune et noire, passées et délavées par le temps...assurément du Pré-Chute, indéchiffrable comme d'habitude, à son grand regret. Peut-être qu'avec un peu de chance Scientiste pourrait le rencarder?

D'expérience, il tapota sur l'objet : celui-ci sonnait creux, mais en le secouant on sentait un poids mort, que pouvait-il bien contenir, quel était son usage? Un seul moyen de le savoir : l'ouvrir. Et pour ça, il avait besoin non seulement de l'avis éclairé de Scientiste, mais ensuite de ses Outils, à l'Atelier. Le métal était trop épais pour ses simples pinces.

Deux bonnes raisons donc, de rebrousser chemin pour ce matin... Il rajusta son chapeau hérissé d'antennes de toutes sortes, de tiges de métal de récupération, de vieux cadrans aux aiguilles immobiles, et de rétroviseurs rouillés (mais fonctionnels! il se sentait à chaque fois obligé de le préciser, face aux moqueries incessantes du Clan) puis se saisit de sa besace tombée à terre et se mit en route vers le sommet de la butte.

Là-bas, au Village, Lillie-la-trombe arrivait au terme de sa course folle,dans un nuage de poussière et de cris.

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-"Mmmhhh..."

Scientiste rajusta les lorgnons, au nombre de sept, sur la protubérance osseuse qui lui servait de nez. Un ingénieux système permettait au Vieux Sage à la vue plus que déclinante de travailler sous tout type d'éclairage, de près comme de loin. Hérisson était fier de son invention, avec ces verres trouvés dans un container de la Décharge, et ce fil de fer récupéré sur une vieille bobine, il avait réussi à soutenir la Vue du Vieux Sage, et par là même, sans doute leur sauver la mise à tous.

genre...
Scientiste sélectionna la tirette numéro quatre -vision de près- sur sa monture de bric et de broc, et, dans un cliquetis seulement troublé par la respiration hachée de Hérisson -qui, décidément, à l'inverse de cette petite peste de Lillie, ne se ferait jamais aux pentes, côtes et montées du village-, rapprocha le cylindre de métal de ses sourcils fatigués. Ses yeux fixèrent les symboles anciens imprimés sur le petit cylindre : petit à petit, son regard s'éclaira, au fur et à mesure que des bribes de Savoir Oublié lui revenaient en mémoire.

-"mmooouuuiiiii, c'est ça, voyons voir... C'est bien ce que je pensais? mouuuuais..."

Il reposa l'objet sur un coin de sa table de travail, et, dans un silence religieux -Hérisson retenant son souffle, Catcheur et les autres accoudés au chambranle, sans un mot... même Lillie, qui entre à ce moment-là, recouverte de poussière et la bouche grande ouverte prête à déclamer sa "nouvelle", sur la pointe des pieds s'immobilise, fusillée par le regard de Hérisson ...

Scientiste retient les pans de sa vieille robe de chambre, rehausse ses lorgnons et se dirige d'un pas traînant vers la "bibliothèque" -un assemblage fait de planches et de cloisons assemblées de bric et de broc, à la va-vite, et contenant l'ensemble du Savoir Perdu d'avant la Chute, du moins de ce côté-ci de la Décharge.

version luxe avant décadence
Des "livres", voilà ce qu'elle contient cette "bibliothèque", des "livres" enfermés chacun dans un coffret cadenassé; les étagères en contiennent des dizaines, et seul Scientiste en possède les clés, toutes accrochées à l'anneau qu'il porte en permanence à son cou.
Tel un vieux rat remontant à l'air libre, Scientiste se dé-voûte un peu plus à chaque enjambée, au fur et à mesure qu'il avance vers son Royaume, sa "bibliothèque". Il s'étire, tend le bras et attrape un petit coffret de métal rouge, haut perché, en équilibre instable au sommet des rayons. Hérisson se fait alors la réflexion, et c'est bien le seul dans l'assistance (a-t-on déjà vu Catcheur ou sa bande de dégénérés réfléchir? ou bien même cette petite écervelée de Lillie-la-trombe?) qu'il n'a encore jamais remarqué ce coffret rouge. Étrange, qu'il ne s'en souvienne même pas, il traînait plus que tout autre dans ce lieu, échangeant, ou tentant de le faire, des bribes de savoir lors de longues conversations avec Scientiste. Le Vieux Sage n'avait plus toute sa tête, tout le monde en convenait au Village, mais son Savoir restait intact, combien de fois il avait permis au Clan des Fouisseurs, dont Hérisson était le chef de file, d'expliquer le sens, l'usage, l'utilité -ou la dangerosité parfois- d'un artefact de l'Ancien Monde?

et merde, la pub a survécu
En cette société de Récupération, où la survie même était basée sur l’exploitation de ce que les Anciens avaient bien daigné leur laisser, il y avait longtemps que le ressentiment avait laissé place au fatalisme; longtemps que les petits-petits-petits-petits-enfants des survivants de la Chute essayaient de survivre par leurs propres moyens sans penser au lendemain, aux menaces diverses et variées qui pesaient sur leurs têtes continuellement. Et surtout, surtout ne pas en vouloir à leurs ancêtres pour l'Héritage. Car tous ceux qui se laissaient happer par la rancœur finissaient tôt ou tard par rejoindre les rangs des Errants et pour eux, il n'y avait plus de place. Plus de place dans ces micro sociétés qui tentaient, coûte que coûte, de survivre sur les restes de la Civilisation passée. De préserver une Humanité chancelante mais bien réelle, au milieu des mutants, des cannibales et des dégénérés qui constituaient essentiel de la Horde des Errants.

no future=no dentifrice
*baooumm* le boucan des bouquins du vieux bouc tombant sur le sol de terre battue l'extirpèrent des ces cauchemardesques réflexions sur la Horde.

-Ahh, je savais bien qu'il était par là, voyons voir..mais ou ai-je bien pu déjà voir ce symbole?

ben tiens
Le vieux ne savait plus trop ce qu'il faisait depuis des années, mais question livres, il était calé. A part les diverses boîtes qui jonchaient pêle-mêle le sol, et des morceaux de bibliothèque à moitié effondrée un peu partout dans la pièce, tout semblait aller pour le mieux : le vieux brandissait la petite boîte rouge de ses mains déformées par les rhumatismes. Une toute petite boite de forme oblongue, gravée d'un unique symbole : un point central avec trois branches, noir sur fond jaune, inscrit dans un triangle...un symbole de l'Ancien Temps.

-"Ahh, ça y est, je l'ai trouvée! Mais...où ai-je donc mis la clé? Celle-ci est spéciale, je l'avais mise à part, par sécurité.."

Huit soupirs de Hérisson plus tard, la boîte était posée sur le bureau de Scientiste et ce dernier, triomphant, brandissait la clé qu'il avait débusquée de l'anneau passé à son cou...

*clic
Massés autour de la table, la dizaine d'ados qui composaient l'essentiel des chefs du Village écarquillèrent les yeux quand ils découvrirent le contenu de la fameuse boîte, contenu triomphalement brandi par un Scientiste tout sourire, derrière ses lorgnons qui le faisaient ressembler à un vieux vautour du désert : un tube-artefact à l'identique de celui ramené par Hérisson, ce matin même!

-"Je savais bien qu'il était par ici, ne vous l'avais-je pas dit? "
notre belle famille,version 2350 après. J.C.(van Damme)(nul!)
Scientiste exultait : le vieux bouc croyait que leur étonnement à tous était dû à sa prodigieuse mémoire, mais ils s'en fichaient comme du dernier vent de sable sur le Village! Ce qui les maintenait tous en ébahissement, c'était cette lueur qui émanait des deux objets : les deux tubes, similaires en tous points, brillaient d'une lueur diffuse mais de plus en plus perceptible! Une lueur verte, avec de petits motifs rouges qui clignotaient, apparaissant puis disparaissant comme par magie sur le sommet des tubes. Assurément, le simple fait d'avoir réuni les deux artefacts avait activé le "processus" par quelque mécanisme interne...il s'agissait bien de deux reliques des Anciens Temps, mais de deux reliques fonctionnelles! Hérisson, ainsi que tous les autres présents dans la pièce, ne pouvaient qu'en rester muets d'admiration. L'envie brillait dans leurs yeux : il leur fallait découvrir ce que renfermaient ces tubes!

C'est alors que les lueurs, au sommet des deux artefacts, se mirent à converger au dessus de leurs têtes. Sur le plafond de la vieille roulotte-atelier, plongé dans l'obscurité, apparut pour la première fois depuis plusieurs décennies une manifestation de la Science des Anciens Peuples. Une projection sur le mur!

genre...
C'était une carte qui s'affichait sous leurs yeux éberlués. Tout le village s'était alors rapidement réuni : un tel évènement avait fait le tour des cahutes et des roulottes, la rumeur s'était frayée un chemin au milieu des détritus, des tas de récupération, des bricoleurs et des gamins, des allées poussiéreuses et des tours de guet de la Palissade principale, en gros parmi tous les occupants du camp aussi vite que les jambes de Lillie avaient pu la porter...et le regard le plus noir de Hérisson n'avait rien pu y changer, dès que les deux cylindres avaient commencé à projeter leur message il s'était retourné pour essayer de l'attraper, en vain : elle cavalait comme un beau diable dans l'allée centrale, hurlant à plein poumons. Petite peste!

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La carte indiquait une position, nul doute là-dessus. Mais le problème, pour la communauté, n'était pas de la déchiffrer (Scientiste, à l'aide d'un de ses bouquins fort opportunément sorti de la bibliothèque, y réussit sans trop de difficultés), mais bien de se mettre d'accord sur la conduite à adopter pour la suite des évènements.

Car la carte indiquait bien un lieu : malgré les approximations, plusieurs symboles étaient clairement identifiables dessus : les images l'indiquaient clairement, les pictogrammes faisaient le reste...

"surplombant la Grande Cité
là où le soleil se couche,
après le grand pont Rouge,
entre les deux sommets, 
souvent dans le brouillard
il y a ce tunnel, refuge en cas de hasard.."

ben ouais..c'est pas Fukushima mais c'est tout comme
La Grande Cité...ses ruines étaient bien connues des survivants : ce qui restait du grand Pont Rouge ("les Deux Piliers") était visible à des centaines de lieues à la ronde... N'importe quel survivant savait aussi qu'il était suicidaire d'essayer d'aller glaner quelque chose par là-bas, dans les ruines... Certes, il y avait du métal, beaucoup de métal même, et des artefacts, des trésors à la pelle. Mais tout ceci n'était qu'illusion : toutes ces merveilles étaient habitées par le mal invisible.
Ce mal-là ne se voyait pas : il se sentait quand il était trop tard. Un goût métallique dans la bouche, puis des pustules, et finalement les cheveux qui tombaient. Il n'y avait pas de remède à la souffrance, l'expérience leur avait appris que dès que le goût de métal était dans la bouche, dès que la peau picotait il était déjà trop tard.

Le mal semblait lié aux lieux, aux cités d'autrefois. Comme un héritage laissé par la Civilisation-d'Avant-la-Chute, il empoisonnait encore les airs, le sol, les objets. Rendant toutes ces merveilles d'autrefois inutilisables, inexploitables et mortellement dangereuses.

Combien y avaient laissé la vie, dans ces ruines? Scientiste aurait pu en témoigner : il en avait vu partir des expéditions pour la Grande Ville aux Piliers Rouges...la dernière avait vu le père de Hérisson partir, contre l'avis de tous, et ne jamais revenir.

Sur ce coup-ci, Scientiste venait de comprendre que jamais il ne pourrait retenir Hérisson plus longtemps, justement.
L'après-midi même, une Expédition était mise sur pied.

Le gamin aux antennes en était le chef.
comité d'adieu


en attendant la suite....